‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 216 sur 358 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

que son propriétaire avait mis à la disposition du Père Provincial. Mais au dernier moment cette offre dut être contremandée, le logis n'étant plus libre. 11 en résulta pour les premiers arrivés les désagréments et les privations inévitables dans les installations improvisées. Une vingtaine de novices et quelques Pères, venus de Montrouge pendant les mois de juillet et d'août, étaient campés dans quelques pièces de l'hôtel de Galvière. « On manque de tout, de livres, d'habillements même... », écrivait le 2 septembre celui qui faisait les fonctions de sergentfourrier.

Six semaines plus tard, on n'était pas beaucoup plus avancé. Le Père François Renault, supérieur de la maison etmaîlredes novices écrivait : «... Nous n'occupons qu'une partie du local, bien à l'étroit dans nos pauvres greniers... La sainte pauvreté nous a accueillis dans ce bel hôtel, elle s'y est placée pour fondement, et elle en sera, je l'espère, le rempart. C'est elle aussi qui nous nourrit, nous habille, elle encore qui de ses mains dresse la paille où nous allons nous reposer... C'est un véritable Bethléem, comme l'a nommé notre T. R. P. Général. » (24 octobre 1824.) Au reste la population se montrait généreuse : « Jusqu'aux servantes, lisons-nous dans la même lettre, qui apportent des 50 francs, pour nous aider à payer les 60.000 francs, prix du local que la ville nous a priés d'accepter. »

Pendant deux mois encore, plusieurs locataires occupèrent leurs appartements. Néanmoins, à partir du 8 septembre 1824, le train de vie réglementaire du noviciat fut mis en vigueur. Avant la fin de l'année on y comptait 41 novices, dont 31 scolastiques. Sur la liste de ces premières recrues données à la Compagnie par le noviciat d'Avignon, nous trouvons plusieurs noms qu'elle aime à se rappeler. Citons entre autres Augustin de Saint- Alouarn, apôtre des Bretons pendant un demi-siècle, Paul de Reverseaux, Alexis Lefebvre, Joseph Bertrand, l'un des fondateurs et des plus héroïques ouvriers de la Mission du Maduré, Alexis Canoz qui en fut le premier

évêque, Claude Besnoin, Jean-Pierre Gury, l'auteur de la Théologie morale connue du monde entier, etc.

La ruche de Montrouge avait pu envoyer un essaim à Avignon sans s'appauvrir; elle comptait encore, au début de 1825, environ cinquante novices, de ceux que l'annaliste appelle étudiants, c'est-à-dire destinés à devenir prêtres. A cette même date dix-sept scolastiques suivaient le grand cours de Théologie à Yitry et sept autres à Rome ; un autre cours moins complet en réunissait huit à Saint-Acheul. En outre, sept étudiaient à Paris les sciences mathématiques et physiques; d'autres encore s'appliquaient à la Philosophie dans les collèges tout en faisant quelque service de surveillance. C'était en somme une situation satisfaisante; la jeune Province de France était à peu près en mesure de préparer son avenir, à condition qu'on lui laissât quelques années de paix. Mais l'orage se formait, et de jour en jour devenait plus menaçant.

L'agitation antimonarchiste avait commencé avec la Restauration elle-même. Malgré toutes ses prévenances pour les libéraux elles révolutionnaires eux-mêmes, Louis XVIII n'avait pas réussi à rallier les partis qui avaient subi le retour des Bourbons sans rien abdiquer de leurs préventions ni de leur hostilité. L'assassinat du duc de Berry (13 février 1820) détermina, il est vrai, une orientation plus sage de la politique royale; on se résigna à s'appuyer sur ses amis plutôt que sur ses adversaires. Le duc de Richelieu remplaça le duc Decaze comme chef du gouvernement, pour être bientôt remplacé lui-même par M. de Villèle. Mais l'avènement d'un ministère franchement royaliste fut le sisfnal d'un nouveau déchaînement de colères et d'audaces de tous les partis d'opposition, bonapartistes et républicains. « Le pays et le gouvernement, écrit Guizot dans ses Mémoires, étaient engagés dans une situation vio-

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