CHAPITRE YIl
lente. Ce n'élaient pas seulement des orages de Chambres et des tumultes de rue; les sociétés secrètes, les complots, les insurrections, un effort passionné pour le renversement de l'ordre de choses établi fermentaient et étaient partout, dans les départements de l'Est, de l'Ouest, du Midi, à Belfort, Colmar, Toulouse, Saumur, Nantes, la Rochelle, Paris même sous les yeux des ministres, dans l'armée comme dans les professions civiles, dans la garde royale comme dans les régiments de ligne. En moins de trois années, huit conspirations sérieuses attaquèrent et mirent en question la Restauration'. »
La guerre à la religion se poursuivait avec non moins d'âpreté et de persévérance ; mais ici et là le trait caractéristique de la campagne c'est l'hypocrisie chez ceux qui la conduisent. On a très justement appelé cette période de l'Histoire la Comédie de quinze ans. On peut dire en effet que, pendant toute la Restauration, les libéraux s'acharnèrent à démolir le trône et l'autel en ayant l'air de défendre l'un et l'autre.
On attaquait sournoisement la royauté traditionnelle en exaltant la Charte, où l'on se plaisait à voir une réplique de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Toute la littérature libérale du temps, articles de journaux^ discours ou allocutions de circonstance, est assaisonnée de protestations de respect, de dévouement, d'amour pour la personne et pour la famille de nos Rois; ce sont des formules de convention, devenues obligatoires, mais qui ne- produisent pas moins un effet pénible quand on sait combien peu elles répondaient à la réalité. On ne peut se défendre de ressentir l'impression qui faisait écrire au duc de Montmorency dans ses Mémoires : « Aujourd'hui l'hypocrisie est partout. »
Quant à la religion, on déploya contre elle une stratégie plus habile encore et plus compliquée. Le parti voltairien, dit Vieil-Castel, n'eut garde de s'en prendre directement