CHAPITRE VII M
un acharnement qui tournait à la manie. La collection de ce journal, d'ailleurs sérieux, est à ce point de vue curieuse à feuilleter. Les Jésuites et Montrouge, Montrouge et les Jésuites y reviennent à propos de tout et même hors de propos. Tout ce qui dans la politique des ministres déplaît à la feuille libérale est le fait des Jésuites. La guerre d'Espagne, la loi sur le sacrilège, la loi sur le milliard des émigrés, la loi sur le droit d'aînesse, etc.» sont dues aux disciples de Loyola; toutes les nominations, toutes les mesures administratives qui n'ont pas son approbation, ont été inspirées par Montrouge.
On conçoit combien cette manière d'envisager les choses facilite le rôle de l'opposition. Avec cela, des faits divers, d'ordinaire inventés de toutes pièces dans les bureaux de la rédaction, d'autres fois envoyés par des correspondants. Dès 1819, par exemple, le Constitutionnel informe ses lecteurs que les Jésuites de Besançon viennent d'acquérir pour 400.000 francs un château, à Ecoles, près de cette ville, et qu'ils vont y ouvrir un collège. Il n'y avait pas de Jésuites à Besançon et le collège en question n'existait que dans l'imagination du chroniqueur. Des acquisitions de ce genre se multiplient sur tous les points du territoire : le Conslitationnel les mentionne avec le prix d'achat. Un jour, c'est l'abbaye du Mont-Saint-Martin, près de Saint-Quentin, que les Jésuites viennent de payer onze cent mille francs! (1825.) Mieux encore l'année suivante, ils achètent le château de Vanves qui sert de maison de campagne au collège royal de Louis-le-Grand, et ils manœuvrent pour s'emparer de Louis-le-Grand lui-même ' .
Parfois la feuille libérale recueille l'écho d'un bruit qui court : « On dit que... Il paraîtrait que... » ou bien encore on emploie la forme interrogative : « Est-il vrai que?... » en ajoutant que, si l'on ne reçoit pas de démenti, on tiendra la chose pour vraie^. Toutes les formules et peut-être