CHAPITRE VII
je veux dire l'esprit critique. Ce sont les fastidieuses redites sur la morale relâchée, la doctrine du régicide, les attentats contre les princes inspirés par les Jésuites et les expulsions prononcées contre eux par les divers gouvernements. On peut ranger dans cette catégorie les livres de l'ex-oratorien janséniste Tabaraud : Du Pape et des Jésuites (1814); Essai historique et critique sur Vétat des Jésuites en France ; ceux de Silvy : Les Jésuites tels qu'ils ont été, etc. (1815); Eclaircissements... (1816); Du rétablissement des Jésuites en France sous le nom de Pères de la Foi, par M. G. Avocat, 1819. On peut citer encore, malgré son titre quelque peu funambulesque, le livre du professeur Salgues, Y Antidote de Montrouge qui, sous forme de questions adressées au Grand-Maître de l'Université, Mgr Frayssinous, examine avec une apparence de sérieux, si les Jésuites « sont réclamés par la religion, par la morale, par la science, par l'éducation, par le Trône et par la Constitution »; enfin le lourd traité de l'abbé de Pradt : Du Jésuitisme ancien et moderne (1825), curieux amalgame de tous les préjugés gallicans et jansénistes combinés avec la philosophie des encyclopédistes^
Pendant le règne de Louis XVllI la campagne de presse contre les Jésuites garde encore quelque retenue; à partir de l'avènement de Charles X, elle prend une allure dévergondée. C'est à cette date (1824) que reparaît pour la première fois sur la scène le factum répugnant, les
1 . L'abbé de Pradt, devenu par la grâce de Napoléon d'abord évéque de Poitiers, iSoS-iSog, puis archevêque de Malines, 1809-1815, dut démissionner peu après la chute de l'empire. Écrivain prolixe et gallican à outrance, il a laissé, entre autres œuvres aujourd'hui oubliées, Les Quatre Concordats (à l'index).
Le cardinal Pie a consacré à la mémoire de son prédécesseur cette note brève et sévère : « Du court passage de Dominique de Pradt au siège épiscopal de Poitiers ce qu'on peut dire de mieux, c'est que sa translation canonique à l'archevêché de Malines en 1809 fut une délivrance venue à temps pour épargner au siège de saint Hilaire les douleurs et les hontes de la triste carrière qu'il traîna ensuite plus d'un quart de siècle. » Cité dans « IJEpiscopat français depuis le Concordat jusqu'à la loi de séparation ».
Monita secveta, traduit en français. Dés lors les éditions se succéderont sans relâche; on en compte kuit dans la seule année 1826. Ce fut comme le signal d'un déluge de sottises et d'ignominies. En vérité, ce ne sont pas les .lésuites qu'il faut plaindre de cette débauche d'écritures faites à leurs dépens, mais bien plutôt l'esprit français à qui des scribes sans vergogne, sans nom aussi, il est vrai, la plupart du temps, en infligèrent la honte. 11 serait impossible en effet d'imaginer rien de plus extravagant, de plus puéril, pour dire le mot, rien de plus niais qiae ces livres dont les titres à eux seuls sont parfois de véritables turlupinades : Le Huron de Montrouge. Halte-là! ou la Terreur à Montrouge; La Ronsiade (Poèmie sur le Père Ronsin, directeur de la Congrégation); Les Jésuites peints par eux-mêmes; Le Jésuitisme en action et mis à nu; Les Jésuites en goguette ou une Scène à Montrouge ; Le cri d'alarme de la France aux prises avec V hydre Jésuitique; Montrouge peint par lui-même on les Trois derniers conseils de guerre tenus les il, 18 et 26 Juin 1828 par les Révérends Pères Jésuites de la Province de France ; etc. etc. . .
Quelques spécimens de cette littérature ne seront {)as ici de trop : En voici un qui débute par le Quousque classique : « Jusques à quand, race impie et égoïste, ennemie de Dieu, de la religion et de nos rois, abuseras-tu de notre |)atience ?... Lisez et frémissez d'apprendre le nom, l'ignoble nom des misérables qui ont conseillé ou favorisé l'assassinat de Henri IV'... » On remarquera ce zèle pour la royauté et les véhémentes indignations contre les Jésuites assassins des rois. C'est le thème le plus ordinaire de ces pamphlets. En voici un autre qui décrit par le menu les rites effroyables par lesquels on prélude à ces assassinats :
« Les Jésuites ont des chambres mystérieuses et exorcisées où sont introduits ceux qu'ils ont destinés aux grands forfaits, pour y être bénits, sanctifiés et mis au
I. Halte-là! ou la Terreur à Montrouge. Préface. C'est une plaquette élégante, minuscule, à mettre dans le gousset.