CHAPITRE VII
connaissais pas mieux que vous. Aujourd'hui c'est autre chose; j'y suis allé et je m'avoue vaincu. Allez-y à votre tour^ et vos idées changeront comme les miennes. Pour moi, je l'ai dit et je le répète, si j'avais un fils il serait élève de Saint-Acheul '. »
Ces belles déclarations n'empêchaient pas M. Dupin de plaider trois mois plus tard pour l'implacable insulteurdes Jésuites. Le ministère Villèle, excédé des attaques systématiques de la presse libérale contre la religion, s'était décidé à poursuivre, conformément à la loi du 17 mai 1822, les deux journaux qui se signalaient entre tous par leur acharnement et leur mauvaise foi, le Constitutionnel et le Courrier français. Le réquisitoire du Procureur général, M. Bellart, déposé le 20 août 1825, les taxait nettement « d'hypocrisie », « comme se servant du nom de Dieu pour blasphémer Dieu et les choses saintes, comme professant une vénération apparente pour la religion de Jésus-Christ qu'ils s'efforcent de saper dans ses fondements... » M. Séguier, président de la Cour royale, fit ajourner l'affaire au mois de novembre. Les journaux mis en cause profitèrent de ce délai pour ameuter l'opinion; il n'y avait pas beaucoup à l'aire, étant donné la surexcitation des esprits. Le procès intenté par le gouvernement n'était encore qu'une manœuvre des Jésuites qui le tenaient à leur discrétion; le coup était parti de Montrouge.
De fait, la défense fut surtout une charge contre l'ultramontanisme, la Congrégation et les Jésuites. C'est contre ces adversaires que les feuilles incriminées dirigeaient leurs coups, et non contre la religion de l'Etat, la religion de Bossuet et de Saint-Louis, dont elles ne parlaient jamais qu'avec le plus profond respect. « Il est visible pour tous les yeux, disait M. Mérilhou, l'avocat du Courrier français^ que l'intérêt des Jésuites a seul dirigé cette poursuite. Le Jésuitisme dont on veut, et pour cause, exiler le nom de ce procès, domine sur toutes les parties de l'accusation. »
1. M. Charles Ledru, dit l'annaliste de Saint-Acheul, assistait à ce repas, et c'est par lui que nous avons su ce qui s'y était passé.
M. Dupin qui défendait le Constitutionnel se plaça sur le même terrain ; c'était une diversion habile et la ferveur de son gallicanisme s'y trouvait à l'aise. C'est au cours de cette plaidoirie qu'il représenta la mystérieuse puissance de l'Ordre de Loyola comme « une épée dont la poignée est à Rome et la pointe partout ». Le 5 décembre, la Cour rendit son arrêt. Elle adoptait le point de vue de la défense. Considérantque « ce n'est pas offenser la religion (|ue de combattre les doctrines ultramontaines..., dont la propagation pourrait mettre en péril les libertés civiles et religieuses de la France », que d'autre part on a le droit « de discuter l'établissement de Congrégations interdites par la loi », elle déclare qu'« il n'y a lieu de suspendre les journaux incriminés, et néanmoins enjoint aux éditeurs et rédacteurs d'être plus circonspects à l'avenir ». Ce jugement fut accueilli par des cris de Vive le Roi! et l'on fit une petite ovation à M. Dupin.
Au surplus l'acquittement du Constitutionnel et du Courrier français avait une bien autre portée que celle d'une sentence judiciaire; personne ne s'y trompa; l'arrêt du 5 décembre inscrit une date dans l'histoire de la Restauration; c'est celle d'une victoire du parti libéral sur le gouvernement royaliste et catholique.
M. Dupin ne cessait pas cependant d'échanger avec le Supérieur de Saint-Acheul une correspondance pleine de cordialité et d'abandon. En même temps que l'affaire dont nous venons de parler, un autre procès avait fourni à la presse irréligieuse l'occasion de s'occuper des Jésuites. Il s'agissait d'une somme de 35.000 francs qu'un M. Legrand-Masse, de Saint-Omer, avaitété chargé, comme exécuteur testamentaire, de remettre à titre de restitution aux Pères de la Compagnie de Jésus à Saint-Acheul. Cette disposition, d'abord acceptée par les héritiers naturels, fut ensuite attaquée par eux. M. Legrand-Masse, malgré les Jésuites, plaida, gagna d'abord son procès, le perdit ensuite en appel et le porta jusqu'en cassation. C'était une aubaine pour les journaux du genre Constitutionnel ; ils