‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 235 sur 358 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

il répond : «Non, il ne faut pas les admettre. » Moyennant des changements dans les Constitutions de l'Ordre, « propres à rassurer la fidélité et le patriotisme » et beaucoup de précautions contre son influence politique, M. Dupin consentirait — peut-être — à le rétablir. Mais « jusquelà, conclut-il, les Jésuites ne sont que de contrebande ».

C'est, comme on voit, le légiste d'ancien régime, qui après une Révolution qui a changé les bases du droit public, revient, lui aussi, sans avoir rien oublié ni rien appris, se contentant de renforcer parles fables récentes sur le pouvoir occulte de la Congrégation ses préjugés d'autrefois. Le procureur général M. Bellart faisait preuve de plus d'indépendance d'esprit, et il était mieux dans la vérité juridique quand il écrivait dans son réquisitoire : « Si la loi ne reconnaît pas les vœux perpétuels, elle ne dénie pourtant à qui que ce soit le droit de s'habiller comme il lui plaît, de régler l'emploi de son temps à sa fantaisie, de prier Dieu où il veut et de se joindre à ses voisins ou à ses amis pour le prier dans une maison commune. »

Quelques semaines plus tard, M. Dupin &e retrouvait à Amiens. Le 2 juin, fête du Sacré-Cœur, il fut invité à Saint-Acheul ; c'est ce jour-là qu'on y faisait la procession du Saint-Sacrement. Le Père Loriquet proposa au grand avocat de porter un des cordons du dais avec trois autres personnages de marque. M. Dupin se défendit d'abord d'un honneur dont il se disait indigne. — « Personne, en effet, n'en est digne sur la terre », repartit le recteur. — Sur quoi il accepta : « Il vit donc, racontent les Annales, se déployer sans confusion et s'avancer dans un ordre parfait nos huit cent soixante élèves en uniforme», un clergé nombreux, une centaine d'enfants de chœur, les évolutions, les figures variées de quarante fleuristes ou thuriféraires ; il entendit les chants et la musique. La procession se déroulait dans l'intérieur de Saint-Acheul, à travers des bosquets et de longues allées ombreuses, loin des regards d'une foule curieuse et

importune. Après la cérémonie, M. Dupin nous avoua qu'il n'avait jamais rien vu qui pût lui être comparé. Et le lendemain, en repartant pour Paris, il écrivait au recteur de Saint-Acheul pour lui exprimer sa gratitude : « Il emportait, disait-il, le souvenir des plus douces émotions qu'il eût éprouvées de sa vie. »

Cette fois plus encore que l'année précédente, l'aventure de M. Dupin allait fournir un thème inépuisable aux quolibets et aux invectives des libéraux. Décidément il était passé aux Jésuites, il était membre de la Congrégation et bientôt on apprendrait qu'il était entré à Montrouge. M. Dupin crut devoir se défendre. Il publia une Réponse aux calomnies répandues par certains journaux à Voccasion de sa visite à Saint-Acheul, en juin

« Je ne suis ni impie, ni bigot, disait-il ; je suis né catholique et je ne ferai point abjuration, même avec la perspective d'être applaudi par ceux qui me blâment d'avoir assisté à une procession... J'ai visité Saint-Acheul en 1825, et j'y ai été bien accueilli. Là du moins on ne m'a point fait querelle de mes opinions. On n'a point essayé de me séduire ; en tout cas on y aurait bien mal réussi. Quatre mois après j'ai plaidé pour le Constitutionnel. On me plaçait alors sur le pinacle pour cette plaidoirie... Je retourne à Amiens en juin dernier, appelé par une cause. Je dîne dans la maison où j'avais déjeuné en 1825, et voilà que j'ai abjuré toute idée libérale ! Non, ils ne m'ont pas plus rendu jésuite que je ne les ai rendus constitutionnels... Mon opinion est faite. Les Jésuites sont supprimés par nos lois...; la bulle de Pie VII est sans force parmi nous ; on ne peut tolérer ce que la loi défend... ; c'est aux magistrats d'y pourvoir...; mais je défendrai les personnes si on les persécute. »

En même temps que paraissait la brochure justificative, M. Dupin donnait d'ailleurs de ses sentiments à l'égard des Jésuites un gage qui devait rassurer les libéraux. Nous aurons à en parler bientôt. De fait, quelques mois plus

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