CHAPITRE VII
tard, il était l'élu du parti à la Chambre des députés, et il prenait place dans les rangs de l'opposition ^
L'année 1826 marque une date dans l'histoire de l'Église de France. On y célébrait le grand jubilé accordé par le Pape Léon XII ; ce fut dans tout le pays l'occasion d'un renouveau de foi et de piété ; les Missions se multipliaient et partout les foules furent entraînées. Le jubilé fut prêché à la Cour par le Père de Mac-Garthy ; Charles X voulut suivre en personne la procession solennelle qui se déroula le 3 mai dans les rues de la capitale 2. Naturellement la presse irréligieuse en prit prétexte pour redoubler ses attaques contre la Congrégation et les Jésuites.
D'autre part, la Compagnie de Jésus se voyait l'objet de faveurs inespérées. Pie Vil était mort en 1823; le Sacré- Collège lui donna pour successeur le Cardinal délia Genga, qui prit le nom de LéonXlI. Vicaire du Pape, il s'était laissé circonvenir par les meneurs de l'intrigue ourdie en 1820, et qui n'allait à rien moins qu'à révolutionner l'Ordre de
1. M. Dupin qui, comme on l'a dit, créa sous la Restauration le personnage de l'avocat politique, avait plus de talent et d'habileté que de caractère. Parvenu aux plus hautes charges, il sut se maintenir sous des régimes divers; l'empire lui-même ne le trouva pas irréconciliable. Toutefois il ne cessa de se montrer en toute occasion l'adversaire implacable des Jésuites; sur ce point tout au moins il fut constant. Il mourut en i865, sénateur et procureur général à la Cour de Cassation. Ce fut un Jésuite, ancien élève de Saint-Acheul, qui lui apporta les derniers secours de la religion.
2. La procession partit de Notre-Dame, fit une station à Saint-Germain l'Auxerrois, une autre à Saint-Roch, d'où elle se rendit à la Place de la Concorde, où fut bénie la première pierre d'un monument expiatoire sur le lieu où avait été dressé l'échafaud de Louis XVI. Le monument ne fut point achevé, et sous le régime suivant on érigea à sa place l'obélisque de Louqsor. Sur tout le parcours une foule immense s'était portée pour voir passer le cortège. L'occasion était bonne pour sonder les dispositions du peuple. Le Roi écrivait le même jour à M. de Villèle : « En
saint Ignace. Il ne tint pas à lui que la Congrégation générale fût rendue impossible et le champ laissé libre aux ambitieux et aux brouillons. Déjà, en 1814, se trouvant à Paris, il avait dissuadé le Père Varin de réunir les Pères de la Foi à la Compagnie de Jésus. Les Jésuites pouvaient donc craindre les préventions du nouveau Pape à leur égard. Mais les dispositions de Léon Xll se trouvèrent tout autres que celles du cardinal délia Genga. A peine monté sur le trône pontifical, il rendait aux Jésuites le Collège romain; il n'était pas possible de leur témoigner tout à la fois plus de bienveillance et plus d'estime qu'en leur confiant l'enseignement officiel des sciences sacrées dans la première Université du monde chrétien. (1824.)
Dans le Bref donné à cette occasion, le Pape, après avoir rappelé les services rendus parles Jésuites, ajoutait : « Nous leur recommandons, en vertu du zèlepourla religion dont il convient qu'ils soient animés, et conformément au but de la Société qui est de travailler au salut des âmes, que non seulement ils s'efforcent d'instruire les jeunes gens dans les lettres, mais qu'ils les forment aux exercices de la piété dans les congrégations établies'. »
11 était bien permis aux Jésuites français de voir dans
général, j'ai été content; mais je veux savoir... Je vous charge de voir Laveau (le préfet de police) et de savoir par lui si le fond répond aux apparences. »
Le lendemain M. de Villèle consignait sur son carnet ces simples mots : « 4 mai, Conseil chez le Roi. L'impression de la veille pesait encore sur moi et me rendait fort triste. » Plus tard il écrivit dans ses Mémoires le commentaire de cette note lugubre : «... Nous suivionsle Roi et pouvions bien en juger. On aurait lu dans tous les yeux que la population souffrait de voir son Roi suivre humblement les prêtres. Il y avait moins d'irréligion que de jalousie et d'animosilé contre le rôle que jouait le clergé. » N'est-ce pas un signe des temps que cette impression pénible que M. de Villèle a cru lire sur la physionomie du peuple de Paris et qu'il semble partager? Rien ne prouve mieux combien à cette époque l'esprit public avait été faussé et perverti. De tout temps on a vu les souverains catholiques prendre leur place dans les pompes solennelles de la religion et il n'est venu à l'idée de personne que la Majesté royale en fût humiliée.