CHAPITRE VII
cette exhortation une réponse aux fables extravagantes et aux calomnies que le nom seul de Congrégation faisait éclore tous les jours.
Deux ans plus tard, Léon XII restituait à la Compagnie la plupart des prérogatives et privilèges canoniques dont elle jouissait au moment de sa suppression, parachevant ainsi la restauration accomplie par Pie YII. Enfin, à l'occasion du jubilé, le Souverain Pontife signait le Décret de béatification d'un humble fils de saint Ignace, Alphonse Rodriguez, simple coadjuteur qui avait passé quarante ans de sa vie dans les modestes fonctions de portier au collège de Majorque. Aucune faveur ne pouvait être plus précieuse pour l'Ordre renaissant, qui y voyait un gage des bénédictions célestes sur ses nouvelles destinées. Les fêtes célébrées en France à cette occasion furent marquées en plusieurs endroits par des grâces miraculeuses. A Saint-Acheul, un jeune religieux, le Père Moyne, réduit à l'extrémité, fut guéri subitement à la suite d'une neuvaine adressée au Bienheureux par les maîtres et les élèves. Au milieu de la nuit, le Père Recteur avait déposé ses reliques dans la chambre du malade. Celui-ci se leva le matin plein de santé et alla célébrer la messe en action de grâces devant tout le collège assemblé. « Ce jour (27 février 1826), écrivait le Père Loriquet, sera pour Saint- Acheul un jour mémorable... Vous ne sauriez vous faire une idée de l'expression de toutes les figures au moment où notre ressuscité a paru dans l'église, revêtu des ornements sacerdotaux et entouré de toute la pompe religieuse usitée en pareille circonstance. Nous allons faire dans un moment le salut solennel et chanter le Te Deum. »
A Aix, c'est le Père Louis Rondot, à peine âgé de trente ans, consumé par une maladie de langueur et réduit depuis deux ans à une complète et douloureuse inactivité. Sa fin paraissait imminente, quand tout à coup il se retrouva plein de santé et de vigueur. Le jour même il fit une allocution à la gloire du Bienheureux à qui il se reconnaissait redevable de la vie, et quelques jours après, il prêchait
son panégyrique dans l'église du collège^ La dévotion au Bienheureux Alphonse Rodriguez devint bientôt si populaire dans la région que les Jésuites d'Aix purent construire dans leur campagne du Tholonet une chapelle en son honneur. C'est apparemment la seule qui ait été érigée en France sous le vocable de l'humble frère Alphonse. Ces interventions miraculeuses, aussi bien que les attentions du Chef de l'Église, étaient pour les Jésuites français comme des éclaircies dans un ciel chargé de nuages. Pour des hommes accoutumés à voir les événements du point de vue surnaturel, c'était aussi un présage et un avertissement. De fait, ils se rendaient compte qu'un orage ne tarderait pas à éclater sur leurs têtes. Dès le début de l'année scolaire 1825-1826, le Provincial de France formulait ce pressentiment dans une lettre au Père Général : « Je ne sais ce qui nous attend cette année. Des clameurs s'élèvent contre nous... Et ces clameurs sont aussi persévérantes que furieuses-. J'apprends de différentes sources que des motions seront faites au Parlement. Nos adversaires préparent leurs armes. Nous n'avons pas pour le moment à redouter des attaques séditieuses ; mais on pourrait nous imposer, par exemple, des serments. On nous accuse d'être indépendants des évêques, de ne pas défendre les libertés de l'Église gallicane, d'avoir un Supérieur étranger à qui nous sommes soumis per fas et nefas. Hsec et alla. IMgr Frayssinous, ministre des Affaires ecclésiastiques, m'a fait prévenir récemment de ce qui se trame. Il nous manque un homme fort qui tienne le Gouvernement de la Société. »
1. Le Docteur d'Aslros avait donné sur la maladie du Père Rondot le diagnostic suivant : « Vomique ouverte succédanée à une pneumonie aiguë prise à Dôle à la fin de 182^ et mal jugée. » A son avis le cas était « désespéré ». Après la guérison subite il signa cette déclaration : « Je m'abstiens de toute réflexion et me borne à constater ce que j'ai vu. » Quelques semaines plus tard le Père Varin écrivait : « Le Père Rondot prêche la mission à Avignon, l'éclat du miracle fait en sa faveur donne grande force à sa parole. » (3 juillet 1826.)
2, Eadem est istorum clamorum et rabies et constantia.(^ octobre i8aô.)