XXXII INTRODUCTION
Nous devons maintenant jeler un coup d'œil sur ce qui fut l'œuvre capitale des Jésuites en France, aussi bien pendant le siècle qui s'achève qu'en des temps plus lointains. L'Institut de la Compagnie de Jésus met l'enseignement des lettres divines et humaines au premier rang des fonctions qu'elle doit remplir pour la plus grande gloire de Dieu. Le collège est pour les fils de saint Ignace ce que le couvent est pour les moines. Notons toutefois que le collège prévu par les Constitutions n'était point du tout le collège-internat imposé par les mœurs contemporaines. Celui-là, la Compagnie de Jésus l'a subi, non sans en éprouver de notables détriments.
En même temps qu'elle renaissait à la vie, elle se vouait au ministère de l'éducation en dépit des obstacles qui semblaient le lui rendre inabordable. Ne pouvant, sous le régime du monopole, ouvrir eux-mêmes des collèges, les Jésuites se mirent à la disposition des évêques qui voulurent bien leur confier leurs petits-séminaires. A la fin de la Restauration ils en dirigeaient huit; un bien plus grand nombre leur avaient été offerts. L'un d'eux eut une fortune extraordinaire ; à partir de 1824, Saint-Acheul, avec ses huit à neuf cents élèves venus de toutes les provinces de France et même de l'étranger, pouvait passer pour la première maison d'éducation de l'Europe. Les Jésuites avaient trop bien débuté ; les libéraux voyaient déjà la France retombée sous leur joug ; les Ordonnances de 1828 leur interdirent l'enseignement.
Mais ils ne renoncent pas à ce qu'ils considèrent comme un devoir de leur vocation et un peu comme leur raison d'être. Pendant vingt-deux ans les Jésuitesfrançais ouvrent des collèges ou s'emploient dans ceux de leurs frères à l'étranger, en Espagne, en Italie, en Suisse, en Belgique. Saint-Acheul revit à Fribourg, puis avec un moindre éclat