‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 264 sur 358 · CHAPITRE VlU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlU

suppression, les lois et Décrets postérieurs, bref tous les arguments classiques, de fait et de droit, de la thèse d'après laquelle une maison de Jésuites ne peut exister sans autorisation conférée par une loi. Le Rapport ne faisait, comme on le voit, que développer les considérants sur lesquels la Cour royale avait motivé son arrêt, et concluait comme elle par le renvoi à la haute police du royaume.

« Les tribunaux se déclarant incompétents, l'administration seule peut procurer en cette partie l'exécution des lois. Votre commission vous propose de renvoyer à M. le Président du Conseil la Pétition de M. le Comte de Montlosier, en ce qui touche l'établissement en France d'un Ordre monastique non autorisé par le Roi. »

Ainsi, une fois de plus et en dernier ressort, le procès intenté à une moitié de la France par l'insatiable dénonciateur s'arrêtait aux seuls Jésuites.

Sur les instances de Mgr de Quélen, archevêque de Paris et membre de la Chambre des Pairs, la discussion s'ouvrit le jour même; elle se prolongea pendant toute la séance du lendemain. Ce fut un ample et majestueux débat. On n'y entendit pas moins de neuf grands discours. Ils nous ont été conservés au Moniteur) il n'était pas d'usage d'y reproduire les discussions de la Chambre des Pairs; mais, comme on vote aujourd'hui l'affichage, l'Assemblée pouvait, ([uand elle le jugeait à propos, ordonner l'impression. C'est ce qu'elle fit après chacun des discours prononcés en cette circonstance mémorable. Le cardinal de la Fare, archevêque de Sens, parla le premier. Partout, dit-il, où il est allé pendant ses longues années d'exil, il a constaté le regret des Jésuites et l'indignation contre les calomnies qui ont amené leur destruction. Pie Yll lésa rétablis ; tous les Etats les appellent... C'était aussi pour protéger les Couronnes qu'on réclamait, il y a soixante ans, l'extinction de leur Ordre. On sait quels désastres l'ont suivie. « Est-il donc besoin de leçons plus terribles pour se tenir en défiance contre ces prétendus défenseurs des lois et de la monarchie?... » Ne voit-on

pas que le mot de Jésuite n'est pour eux qu'un moyen pour arriver à extirper la religion?... « Et pourquoi les inquiéter quand on laisse en paix les sociétés secrètes de tout temps proscrites par les lois ?... »

Le duc de Ghoiseul prit alors la parole pour appuyer les conclusions du Rapport; il le devait à son nom. Son principal argument fut une lettre de son oncle à Louis XVI, où le trop fameux ministre recommandait au jeune roi de ne jamais rétablir l'Ordre qu'il avait plus que personne contribué à détruire.

Le duc de Fitz -James lui succéda à la tribune. Orateur brillant, étincelant de verve, sa parole à l'allure militaire détonnait quelque peu dans ce milieu oîi les formes solennelles et même compassées étaient de rigueur. Son succès n'en était que plus assuré. Il trouva dans ses traditions de famille l'occasion d'un rapprochement saisissant entre l'histoire des persécutions du catholicisme en Angleterre et ce qui se passait alors en France.

« Un misérable, élève du collège de Saint-Omer, vil apostat nourri du pain des Jésuites, fut tiré de la fange où il végétait et se fit le délateur de tout ce que l'Angleterre renfermait de plus honorable. A sa voix tout catholique et bientôt tout cavalier devint jésuite et conspirateur. Les catholiques devaient égorger le Roi, le' Parlement, exterminer tous les protestants, renverser les lois du royaume. Comme en France, on présenta des mois au lieu de choses, et comme en France les uns crurent tout, les autres feignirent de tout croire. Trois fois le bill d'exclusion fut présenté aux Chambres; les prisons furent encombrées de vieux serviteurs de la cause royale; le sang coula à grands flots sur l'échafaud, et pendant trois ans que dura cette mystification sanglante, tout citoyen paisible ne rêva que poison et poignard. Cet exemple récent devrait faire réfléchir les gens de bonne foi qui s'inoaarinent voir l'État et nos institutions menacés de si grand» dangers à l'apparition de quelques prêtres. Ils devraient craindre d& se faire, sans le savoir, les échos

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