CHAPITRE YIII
aux circonstances ^ En examinant la thèse des hommes de loi contre les Jésuites, l'auteur anonyme faisait tout d'abord une remarque digne d'être retenue. On ose invoquer contre eux les arrêts des Parlements, alors que sous nos yeux on réimprime et répand à profusion des livres impies condamnés par la Grand'Chambre et brûlés par la main du bourreau au pied du Grand escalier. Passant en revue les griefs insinués dans le Rapport du Garde des Sceaux, l'auteur, avec beaucoup d'impartialité et de modération, engage les intéressés à faire quelques sacrifices, à payer, par exemple, la rétribution universitaire pour les élèves des Petits-Séminaires qui ne se destinent pas à la carrière ecclésiastique. Assurément, si le parti dont M. Portalis était l'instrument eût voulu seulement remédier à ce que l'on pouvait considérer comme des abus, il eût été facile de s'entendre avec les évêques, et les Jésuites n'étaient pas en mesure de faire de l'opposition; mais ce que l'on voulait en réalité, c'était les évincer de l'enseignement. Les demi-mesures n'avaient par suite aucune chance de succès. C'est faute de le comprendre que les amis des Jésuites leur prodiguaient les conseils; c'est ce qui manque le moins en pareille circonstance. Ils n'avaient qu'à entrer franchement dans la voie ouverte par la législation scolaire en vigueur, demander leur diplôme et se faire incorporer à l'Université; c'était le droit commun, à l'abri duquel ils dirigeraient en paix leurs collèges. On voit dans la correspondance du Père Rozaven qu'il redoutait plus les suggestions de ces conseillers trop prudents que les attaques des ennemis
I. In-S» de i44 pages. Paris, Dentu, 1828. Dans rinlroduction l'auteur constate que la question des Jésuites est devenue la grosse préoccupation du moment. Une preuve qu'elle provoque de nombreuses sympathies, c'est le succès des livres de M. Bellemare : Trois procès dans un, 3' édition, g. 000 exemplaires; Le conseiller des Jésuites, 1" édition, 6.000 exemplaires; Le Collège de mon fils, 10.000 exemplaires en quatre mois ; la fin des Jésuites et de Inen d'autres, 5. 000 exemplaires en dix jours; on fait une seconde édition de 5. 000 exemplaires. -< Le mérite des ouvrages, ajoute-t-on, peut y faire quelque chose; mais le mérite de la cause y entre aussi pour beaucoup. » (P. l^.)
déclarés. Le résultat de cette concession, disait-il, serait de nous séparer des évêques, de perdre leur appui, pour nous mettre à la merci de l'Université ^.
D'ailleurs, au moment où l'Assistant de France donnait cette direction, il était trop tard pour songer à parer le coup qui allait frapper la Société. Le 28 mai, la Commission déposait son Rapport. Elle faisait droit très largement aux réclamations présentées au nom de l'Université et de ses privilèges. Elle reconnaissait que cinquante-quatre écoles secondaires ecclésiastiques avaient été ouvertes sans l'autorisation requise; elles auraient à se mettre en règle. De même un grand nombre de Petits-Séminaires recevaient, aussi bien que ceux des Jésuites, des élèves qui ne se destinaient point à l'état ecclésiastique; ces élèves devaient être astreints à la taxe universitaire. Sur tous ces points et d'autres encore, où la légalité ne paraissait pas douteuse, la Commission avait été unanime. Sur la question des Jésuites au contraire elle s'était divisée. Leur présence dans les Petits-Séminaires, comme prêtres appelés par les évêques et sous leur responsabilité, était-elle illégale? On discuta derechef les arguments pour et contre portés à la tribune des deux Chambres; finalement cinq commissaires contre quatre se prononcèrent pour la liberté^. Le Rapport présenté au nom de la majorité déclare que, à son avis, les évêques n'ont point outrepassé leur droit en confiant leurs Petits-Séminaires à des Jésuites qui sont devant la loi, non un corps