CHAPITRE VIll
toutes les répugnances de l'évêqiie de Beauvais. Au reste le Roi sait bien que je ne lui ai pas conseillé la mesure.
— Cela est vrai, mais vous m'avez dit que, si je la trouvais nécessaire, on n'avait pas le droit de me condamner.
— Oui, Sire, mais c'est là une chose dont je ne suis pas juge. — Eh bien, reprit le Roi, j'ai examiné, j'ai bien réfléchi, j'ai prié Dieu de mon mieux de m'éclairer, et je suis resté convaincu que, si je ne prenais pas cette mesure, je pouvais compromeltre le sort du clergé et peut-être celui de l'Etat. »
A cela rien à répondre. Charles X paraissait fixé. Restait à vaincre les résistances de l'évêque de Beauvais. Mais le jeune et brillant prélat avait de l'ambition; son intransigeance ne devait pas être irréductible. « Il crut, écrit charitablement Frayssinous, devoir se sacrifier pour ce qu'il regarde comme le service du Roi et s'exposer à tout ce qui est arrivé et qu'il prévoyait très bien. »
Ce fut Portails qui trouva un biais pour calmer les susceptibilités de la conscience de Feutrier. Il y aurait deux Ordonnances au lieu d'une. La première, celle qui regardait les Jésuites serait contresignée par le Garde des Sceaux; Portails en faisait volontiers son affaire; le ministre des Affaires ecclésiastiques contresignerait seulement celle qui réglait le statut des Petits-Séminaires. « Ce moyen terme, dit Frayssinous, qui divisait la responsabilité, fit illusion à M. Feutrier^. »
Il ne manquait plus que la signature royale. Charles X hésitait-il encore ? Il se pourrait, et ce serait là l'explication de la mise en scène qui eut lieu le 14 juin à la
I. Le nom d'un évèque n'élait certes pas plus à sa place au bas de la seconde Ordonnance qu'au bas de la première. Ainsi pensait Mgr Frayssinous. Le soir du jour où elles parurent, comme on s'en entretenait dans les salons de la Cour, le Dauphin (duc d'Angoulême) s'enhardit à dire: « Les consciences peuvent être tranquilles; l'évêque d'Hermopolis lui-même n'aurait pas refusé de signer. » A ce moment le premier aumônier parut à l'entrée. Le Dauphin l'interpella : « N'est-il pas vrai que vous étiez disposé à signer? — Pardon, Monseigneur, repartit le prélat, mais foi d'honnête homme, jamais je n'aurais signé. »-
Ghamljre des Députés. M. Labbey de Pompières parut à la tribune et lut un Rapport écrit, d'après son propre aveu, au mois d'avril de l'année précédente, et concluant à la mise en accusation du ministère Villèle. Ce réquisitoire, d'une violence inouïe, tendait à établir que les ministres avaient trahi le Roi et le peuple. On peut juger du ton et de la force des arguments par le passage relatif aux Jésuites : « Des religieux que les lois du royaume désignent comme des ennemis de l'État n'ont-ils pas été introduits dans tous les offices, élevés aux plus hautes fonctions, non pour leur mérite, mais à cause de leur caractère? Déjà ils siègent dans tous les conseils et ils les dirigent ; ils sont placés à la tête de l'Instruction publique; ils reconstruisent leurs monastères, couvrent le pays de séminaires et de couvents, autorisent les Congrégations, rétablissent tout ce qui fut détruit, nous replacent sous le joug de Rome et soumettent notre politique à la sienne, nos lois à ses dogmes, nos libertés à ses prêtres. »
Une discussion passionnée suivit cette lecture. Tout ce que M. de Martignac put obtenir de la majorité fut un adoucissement au texte de l'ordre du jour qu'il déclarait outrageant pour le Roi; mais finalement on vota la prise en considération. Le procès du cabinet Yillèle était virtuellement ouvert. Cinq semaines plus tard, Girod, de l'Ain, rapportait l'affaire ; les amis de M. de Villèle furent seuls à réclamer la discussion immédiate ; elle fut renvoyée après le budget, « c'est-à-dire aux Calendes grecques ». Personne n'avait songé sérieusement à poursuivre l'ancien ministère ; le parti avait organisé une manifestation, joué une scène de la « Comédie ». Le Roi était averti une fois de plus des dispositions de la Chambre. Le compte rendu de la séance était publié dans le Moniteur du 15 juin; en tête de celui du 16, paraissaient les Ordonnances. La première n'est précédée d'aucun Rapport. En voici le texte :
Charles, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, sur le compte qui Nous a été rendu : 1° Que parmi les établis-