‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 27 sur 358 · INTRODUCTION XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXV

9.000 élèves, chiffre maximum qu'atteignirent leurs collèges, ne représentaient guère plus du dixième de l'effectif total de l'enseignement secondaire libre.

On a pu signaler parmi cette jeunesse des défaillances, voire des défections et des apostasies. On a vu sortir de ses rangs des hommes de plaisir, des inutiles, parfois même des malfaisants. On a compté parmi les anciens élèves des Jésuites d'ardents anticléricaux et jusqu'à des ministres qui ont contresigné la proscription de leurs maîtres. Ce sont là des phénomènes en dehors du cours ordinaire des choses, comme des cas tératologiques dont on ne peut induire aucune conclusion contre les lois de la nature.

Plus inquiétant est le manque de solidité dans leurs convictions qui se manifeste peu après leur sortie du collège chez des jeunes gens que l'on pouvait croire mieux affermis. C'est qu'il leur faudrait, pour résister aux influences du milieu où ils sont jetés, outre la trempe morale, une trempe intellectuelle résultant d'une forte instruction religieuse qui leur fait défaut. Nous touchons ici à un déficit de notre enseignement libre dont, pour son honneur, il n'est ni le seul ni le premier responsable.

Ce n'est pas seulement par son enseignement supérieur que l'Université d'Etat ressaisit les jeunes intelligences imprégnées de foi chrétienne dans d'autres écoles, et exerce sur elles l'action dissolvante du scepticisme scientifique ; elle les atteint jusque dans ces collèges dont l'étiquette de la liberté dissimule mal la trop réelle dépendance. Obligés de préparer les examens officiels, partant de suivre les programmes officiels, les établissements chrétiens ne furent jamais maîtres d'organiser leur enseignement comme ils l'auraient fait, s'ils eussent été vraiment libres. La gêne a été sensible surtout en ce qui concerne l'instruction religieuse ; jamais on n'a pu lui faire la place qui devait être la sienne. L'instruction religieuse ne figurant pas aux programmes du baccalauréat,

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ne donnant pas un point dans l'addition, il ne fut pas possible d'y intéresser sérieusement les candidats ; si l'on eût essayé de lui donner les heures qui lui sont assignées par les programmes en Allemagne, où elle figure en première ligne parmi les matières obligatoires, les familles elles-mêmes se fussent récriées. On n'avait pas le temps.

Voilà assurément un des effets les plus calamiteux du vasselage dans lequel l'enseignement libre a été retenu à l'égard de l'Université par la loi de 1850. Veuillot n'avait pas tous les torts en s'opiniâtrant à la combattre jusqu'au dernier jour. Quoi qu'il en soit d'ailleurs de sa clairvoyance en cette affaire, il reste que l'instruction religieuse, dans nos collèges chrétiens, n'a pas été en rapport avec les besoins d'une époque de critique à outrance et de libre pensée sans frein. 11 y eut là une lacune fâcheuse, chez les Jésuites comme chez les autres. Ils l'ont reconnue et ils en ont gémi, sans y pouvoir remédier. Us n'ont rien épargné pour inculquer la piété à leurs élèves, mais cette piété ne reposait peut-être pas sur une base assez large et assez solide. Que ceux qui pensent avoir mieux fait leur jettent la première pierre.

Un autre reproche qu'on a cru pouvoir leur adresser, avec de bonnes intentions, c'est que les hommes sortis de leurs écoles n'ont pas assez l'esprit combatif, indispensable aux chrétiens d'aujourd'hui. Il ne s'agit pas de l'esprit militaire; on sait très bien que, à cet égard, les élèves des Jésuites ont fait leurs preuves. Je veux parler de cette humeur entreprenante, et au besoin agressive, qui fait que dans la vie civile on ne marchande passa peine, qu'on n'hésite pas à se jeter dans la mêlée, au risque de recevoir des coups, sauf à les rendre, quand il le faut, pour défendre les grands intérêts de la religion, de la famille, de la société. Voilà ce qui leur manquerait plus que les qualités qui font les bons soldats. Hommes d'honneur et de devoir, fidèles à leurs traditions, ils se cantonneraient

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