INTRODUCTION XXXVII
trop volontiers dans la dignité tranquille de leur vie privée, laissant le champ libre à des adversaires plus osés et plus actifs.
C'est en effet le tort des honnêtes gens, sans en excepter les meilleurs, d'être moins audacieux et moins remuants que les artisans de désordre et de corruption sociale. Que la clientèle des collèges des Jésuites encoure de ce chef sa part de blâme, on ne saurait s'en étonner, étant donné les milieux où elle se recrute. Mais, pour peu qu'on réfléchisse, on comprendra que l'éducation du collèoe ne saurait être rendue seule responsable de cet état d'âme. En vérité il y a trop d'autres causes qui l'expliquent.
Toutefois nous accorderions sans beaucoup de difficulté que les Jésuites ne se sont pas assez préoccupés d'exciter chez leurs élèves la légitime ambition déjouer leur rôle dans la vie publique. On ne cesse de leur reprocher de faire de la politiqne; on leur reprocherait plus justement de n'en pas faire assez; je veux dire, de se tenir trop en dehors du tourbillon qui emporte le monde moderne, d'ignorer presque les transformations accomplies, qui ont fait de la société actuelle une arène où ceux qui se laissent vivre sont condamnés à être écrasés sans merci. Ils avaient eux-mêmes à faire leur éducation à cet égard ; on peut croire que l'expérience qu'ils ont acquise à leurs dépens ne sera pas perdue. Quand il leur sera permis de reprendre leur place parmi les éducateurs de la jeunesse française, ils s'appliqueront, puisqu'il le faut, et on peut y compter, à former des générations plus énergiques et plus batailleuses.
Ces constatations faites pour la satisfaction des amis exigeants, nous leur demanderons de ne pas pousser leurs exigences jusqu'à l'injustice. Si l'œuvre éducatrice des Jésuites français au dix-neuvième siècle n'a pas été aussi féconde qu'ils l'eussent souhaité, elle n'a certes pas été stérile. Les ennemis ont montré quel cas ils en