‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 274 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

valable par le ministre. Sur d'autres points encore le projet, présenté comme le résultat des travaux de la Commission, s'écartait des conclusions admises par elle et allait à rencontre des vœux de la majorité. C'est au nom de cette majorité que l'archevêque adressait au Roi sa protestation. N'ayant pas obtenu de réponse, il se rendit en personne à Saint-Cloud. Mais il était trop tard; les Ordonnances étaient signées ou sur le point de l'être. A peine eurent-elles paru, quelques évêques qui se trouvaient à Paris se réunirent et se présentèrent à l'audience du Roi, pour exposer respectueusement à Sa Majesté « la grandeur des maux qui allaient résulter pour la religion » des mesures prises contre les Petits-Séminaires. On leur donna de bonnes paroles; on les assura des intentions bienveillantes du gouvernement, et on leur demanda d'accorder « un peu de confiance à un souverain qui croyait en mériter beaucoup ». C'était eau bénite de cour. Le roi, ou plutôt le ministère sous le couvert de l'autorité du roi, entendait que les Ordonnances fussent exécutées au pied de la lettre. Les évêques avaient trois mois pour se mettre en règle ; il existait à ce moment 126 Petits-Séminaires ; à la date du 1" octobre tous ceux qui ne seraient pas autorisés à nouveau rentreraient sous le régime de l'Université.

Dès lors une double négociation s'engage, d'une part entre l'épiscopat et le gouvernement, de l'autre entre le gouvernement et la Curie romaine, cependant que de violentes polémiques de presse agitent l'opinion et que, sur un ton plus grave, plusieurs prélats dans leurs lettres pastorales font entendre leurs doléances et revendiquent leurs droits. A leur tète se place l'évéque de Chartres, Clausel de Montais.

Dès le premier jour les évêques présents à Paris avaient formé un comité pour organiser la défense. Outre l'archevêque il comprenait de Cosneau, évêque de Meaux, de Gualy, évêque de Saint-Flour, Solmon-Duchatellier, évêque d'Évreux, de Forbin-Janson, évêque de Nancy, Dupont-Pourset, évêque de Coutances et le duc de Rohan

archevêque nommé de Besançon. Il s'agissait de déterminer l'attitude que prendrait l'épiscopat vis-à-vis des Ordonnances; il importait par-dessus tout que les résolutions fussent adoptées à une grande majorité, et s'il se pouvait, à l'unanimité du corps épiscopal. Une note rédigée par le Comité l'ut donc adressée à tous les métropolitains qui la transmirent à leurs sufTragants.

Elle proposait d'abord de présenter au Roi, au nom de l'épiscopat de respectueuses observations, ensuite, quel que fut le résultat de cette démarche, de s'en tenir à un simple accusé de réception j)our toutes les communications officielles relatives aux Ordonnances, et de se refuser à toute coopération, « dût-on s'exposer à toutes les conséquences d'une semblable inertie ».

Les réponses ne tardèrent pas à affluer au « centre commun ». Presque toutes approuvaient la ligne de conduite proposée ; quelques évêques faisaient des réserves, tout en promettant de se rallier à la majorité ; d'autres au contraire eussent voulu une opposition plus déclarée ; un seul, Raillon, évéque de Dijon, ancien prêtre jureur, et cidevant précepteur de Portalis, estimant que ni le dogme, ni la discipline n'étaient violées par les Ordonnances, se prononçait pour la soumission pure et simple. Il n'y avait pas de divergence sur la nécessité de porter au pied du trône les doléances de l'épiscopat.

Fort de cette unanimité le Comité adressa au Roi, à la date du i'"' août, un Mémoire, trop long pour être reproduit ici; la forme profondément respectueuse de ce document ne fait que souligner la fermeté des déclarations qu'il contient'. En voici le début :

Sire,

« Le temps ne calme pas la douleur que les évêques de votre royaume ont éprouvée à l'occasion des Ordonnances

1. Le texte authentique du Mémoire de l'épiscopat se trouve in extenso dans VAini de la Religion et du Roi, tome LVII, p. 3, numéro du ao août 1828.

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