CHAPITRE IX
du 16 juin; au contraire ils sentent qu'elle devient plus vive et plus profonde, à mesure qu'ils voient s'approcher le terme fatal de leur exécution. Les alarmes de la conscience viennent encore se joindre à cette douleur pour la leur rendre plus insupportable. On leur demande de coopérer directement à des actes humiliants, durs, vexatoires, gênants pour l'autorité spirituelle dont ils ne doivent compte qu'à Dieu, parce que lui seul leur en a confié l'exercice... »
Le Mémoire examine les prétentions de l'État vis-à-vis des écoles ecclésiastiques et marque la limite de ses droits. On pose en principe que les écoles destinées au recrutement du clergé ne peuvent exister qu'en vertu de l'autorisation du prince ; par suite il peut leur imposer tels règlements ou restrictions qu'il juge à propos. Principe intolérable, contraire à l'institution et aux droits de l'Eglise. Que l'Etat retire ses faveurs aux établissements « où il y a des maîtres qui lui déplaisent », il le peut, mais rien de plus. Les évéques, eux, peuvent, de droit divin, avoir des écoles ecclésiastiques et en donner la direction aux personnes qui ont leur confiance. Que l'État refuse l'existence légale à une Congrégation religieuse, c'est encore son droit; mais il ne peut exclure de l'enseignement des ecclésiastiques pour le seul motif qu'ils ont pris des engagements de conscience; les évéques revendiquent le droit de demander, s'ils le jugent à propos, au personnel de leurs Séminaires, de s'engager par des vœux pour le plus grand bien de ces établissements. L'État prétend limiter arbitrairement le nombre des élèves des Petits- Séminaires; mais la conscience des évéques ne leur permet ni de renvoyer des élèves en qui ils auraient reconnu l'appel de Dieu, ni de repousser ceux qui ne pourraient suivre les cours que comme externes, faute de ressources pour payer une pension, ni même ceux qui viendraient chercher dans les Petits-Séminaires le bienfait d'une éducation chrétienne, sans intention d'entrer dans l'état ecclésiastique. Ces exigences ils les subiront.
s'il le faut, mais qu'on ne leur demande pas de s'en faire eux-mêmes les exécuteurs. « Les évêques, dit le Mémoire^ ont examiné dans le secret du sanctuaire, en présence du Souverain Juge, ce qu'ils devaient à César comme ce qu'ils devaient à Dieu. Leur conscience leur a répondu qu'il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Ils ne résistent point; ils ne profèrent pas tumultueusement des paroles hardies... Ils se contentent de dire respectueusement comme les Apôtres : Non possumus : Nous ne pouvons pas. »
Le Mémoire était signé : « A.-J. cardinal de Clermont- Tonnerre, archevêque de Toulouse, au nom de l'épiscopat français. »
Toutefois pour donner à ces derniers mots tout leur poids, le Comité adresse le Mémoire à tous les évêques, avec prière de le retourner au « centre commun », muni de leurs signatures. La note qui l'accompagnait ajoutait que le Pape était tenu au courant; « des conseils lui ont été demandés pour l'avenir ». Le Mémoire avait été en effet remis au nonce Lambruschini, pour être communiqué à Sa Sainteté. Enfin le Comité recommandait le secret. (2 août.) Une semaine plus tard une nouvelle note insiste sur le silence à garder vis-à-vis du public ; on y entrevoit la négociation engagée entre le Comité et le gouvernement : « Il a été promis verbalement et d'une manière positive, quoique générale, qu'il serait apporté des facilités satisfaisantes dans l'exécution des Ordonnances; mais on les fait dépendre formellement de la non-publicité du Mémoire, et l'on assure que la moindre indiscrétion paralyserait une haute volonté, etc. » (9 août.)
Mais comment soustraire à la publicité une correspondance imprimée, envoyée en double exemplaire aux quatrevingts évêques de France? Les journaux libéraux s'empressèrent d'en servir à leurs lecteurs des fragments et des analyses plus ou moins exactes; ce qui amena \Ami de la religion à en donner le texte authentique dans son numéro du 20 août.