‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 276 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Cette manifestation de l'épiscopat troublait la victoire du parti et jetait le ministère dans Tembarras. Le Constitutionnel et les feuilles du même bord firent entendre des cris de colère : Les évêques se mettaient à la remorque des Jésuites, lesquels d'ailleurs étaient les auteurs du Mémoire^ ; c'étaient des factieux, des révoltés; il fallait suspendre leurs traitements, rapporter l'Ordonnance de 1814 et soumettre les Petits-Séminaires au régime de l'Université. Sur un ton moins emporté, le Moniteur donnait aux évêques des avertissements hautains, leur rappelant qu'ils ne pouvaient ni se réunir ni se concerter sans autorisation du Roi, que, par suite, leur démarche était incorrecte et de nulle valeur, assurant au surplus que, dans ces conditions, le Mémoire ne pouvait pas même être reçu par Sa Majesté.

Le ministre des Affaires ecclésiastiques avait d'abord confié à un sous-ordre le soin de morigéner l'épiscopat récalcitrant; c'était l'abbé de La Chapelle, ancien grandvicaire de l'archevêque janséniste de Lyon, Montazet. Mgr de Pins, alors administrateur apostolique de ce diocèse lui répliqua vertement : « Je ne puis m'expliquer, Monsieur l'abbé, l'irrégularité de votre conduite; en face de l'unanimité de l'épiscopat, votre mercuriale est absolument inconvenante. » Feutrier entreprit alors de faire personnellement la leçon à ses collègues. Dans une longue circulaire parue le 30 août au Moniteur^ il s'attache à justifier les Ordonnances et à montrer que l'attitude adoptée par les évêques était aussi coupable que dangereuse. Jamais prélat courtisan n'avait professé un royalisme plus absolu. Cependant le Mémoire revenait avec les signatures épiscopales. A la date du 24 août, une note du Comité faisait connaître la situation : On avait l'adhésion de soixante-dix évêques; six n'avaient pas répondu; trois, auxquels il fallait adjoindre l'évêque-ministre, représentaient le parti de la soumission. Le gouvernement multi-

1. « Un Jésuite prend la plume et rédige vm Mémoire contre les Ordonnances du i6 juin... » {Journal des Débats, 17 août 1828.)

pliait en vain ses efforts pour entamer le bloc; il employait à la fois la persuasion et la menace; il faisait espérer des accommodements dans l'exécution; mais en même temps M. de Vatimesnil, ministre de l'Instruction publique, envoyait des tableaux à remplir conformément aux Ordonnances ; Feutrier sollicitait des réponses à sa circulaire. Le cardinal de Clermont-Tonnerre en fît une assez peu d'accord avec les règles du protocole. « Monseigneur, la devise de ma famille, qui lui a été donnée par Calixte XI en 1120, est celle-ci : Etiamsi oinnes^ ego non. C'est aussi celle de ma conscience. »

Toutefois, à mesure que l'échéance fatale du l®*" octobre approchait, les évêques se demandaient comment sortir de l'impasse où ils se trouvaient engagés. L'hésitation commençait à les gagner, d'autant plus que l'on ignorait la pensée du Souverain Pontife. Le gouvernement exploitait le silence de Rome, affirmant que le Saint-Père désapprouvait l'attitude de l'épiscopat. Les notes du Comité reflètent ce fléchissement de la résistance; elles donnent à entendre qu'on sera peut-être obligé de céder pour éviter de plus grands maux. On était déjà au milieu de septembre, lorsqu'une manœuvre préparée de longue main par le gouvernement vint lui assurer la victoire.

Dès l'apparition des Ordonnances, la diplomatie était entrée en jeu pour prévenir une intervention de l'autorité pontificale. Prévoyant l'opposition qu'elles allaient rencontrer de la part des évêques, le gouvernement redoutait par-dessus tout que cette opposition ne fût appuyée par le Pape. « Nous comptons beaucoup, disent les dépêches ministérielles, sur la sagesse et l'esprit de modération du Saint Père; car ce n'est qu'autant qu'il se porterait à des démarches qui auraient l'apparence du blâme relativement aux mesures adoptées par le Roi, ce n'est, dis-je, que

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