CHAPITRE IX
dans ce cas que la question pourrait devenir embarrassante et qu'il pourrait en résulter des conséquences fatales au repos et à la paix intérieure du royaume. » (9 juillet.) Aussi le gouvernement allait-il, pendant trois mois, se donner un mal incroyable pour obtenir le silence de Léon XII, n'osant pas aller jusqu'à lui demander un désaveu formel de l'attitude des évêques. Les nojnbreuses pièces de la correspondance échangée à ce propos entre le Ministère des Affaires étrangères et ses agents à Rome fourniraient la matière d'un Livre Blanc instructif et curieux*.
Les Ordonnances sont publiées le 16 juin ; le 17, le ministre les transmet avec ses instructions à M. Bellocq, gérant intérimaire de l'ambassade de France près le Vatican^. Sans doute, « les Ordonnances sont affaire d'administration intérieure, que le gouvernement du Roi n'a point à justifier et dont il ne doit compte à personne. » Cependant le chargé d'affaires se hâtera de demander une audience à Sa Sainteté; il lui exposera les raisons qui ont porté le Roi très chrétien à prendre des mesures pénibles en apparence, mais qui sont nécessaires à la paix du royaume et avantageuses pour la religion elle-même.
Quelques jours plus tard entre en scène un nouveau négociateur. Le duc de Blaeas, ambassadeur auprès de la Cour de Naples, va se rendre à Rome pour régler l'établissement des Dames du Sacré-Cœur à la Trinité des Monts. Il est connu de Léon XII; on saisit l'occasion. « On l'a
1. Celte correspondance se trouve aux Archives du Ministère des Affaires étrangères. Rome, 96i et 965.
2. Chose remarquable, totis les négociateurs sont des personnages de circonstance. Le comte de la Ferronnays, titulaire des Affaires étrangères dans le ministère Martignac, passe bientôt la main au baron de Rayneval et disparaît pendantquatre mois. Notre ambassadeur à Rome, le duc de Laval esta ce moment précis transféré à Vienne; il n'est remplacé par M. de Chateaubriand qu'une fois l'affaire des Ordonnances conclue, laquelle est menée par un secrétaire, M. Bellocq et par des envoyés spéciaux. Le secrétaire d'État de Léon XIII, le cardinal délia Somaglia est lui-même remplacé par Bernetti, qui ne durera guère plus que le temps de l'affaire, le Pape étant mort le 9 février suivant.
choisi, dit la lettre officielle du ministre, pour faire entendre au Pape une voix plus grave et plus influente que celle du chargé d'afl'aires. » Puis, après l'exposé de la situation, le ministre poursuit : « Il est, mon cher duc, de la dernière importance que vous vous attachiez, non seulement à pressentir la pensée du Saint-Père, mais encore à le prévenir contre toute démarche par laquelle certains membres de l'épiscopat manifesteraient un recours imprudent à son autorité spirituelle. Nous savons, en effet, que plusieurs d'entre eux, notamment les évêques dans les diocèses desquels se trouvent les huit écoles désignées dans la première Ordonnance, se sont proposé de publier une déclaration ou protestation... Or, le Souverain Pontife est assurément trop éclairé, il a porté jusqu'ici trop de sagesse et de modestie dans ses rapports avec les puissances, il est surtout attaché au Roi par trop de liens de reconnaissance et d'affection pour donner aux manifestations inconsidérées de ces prélats un encouragement qui affligerait péniblement le cœur de Sa Majesté et pour se lancer dans des démarches dont l'imprudence compromettrait certainement la religion elle-même, tournerait au détriment du Saint-Siège et nuirait essentiellement à sa considération. » (8 juillet.)
La mission du duc de Blacas devait rester secrète. En lui transmettant ses instructions, le comte de la Ferronnays y ajoutait une lettre écrite de sa main. « J'ai pensé mon cher frère, que sur une matière aussi délicate, il convenait de donner à la lettre que je vous adresse un ton purement confidentiel. Vous comprendrez facilement le déplorable résultat que ne manquerait pas d'avoir tout ce qui prendrait de la part du clergé le caractère d'une résistance collective. L'irritation des évêques est grande, l'exaltation de quelques prêtres est portée à l'excès... Si un tel état de choses trouvait approbation ou appui à Rome, les conséquences en seraient véritablement funestes au repos de la France et aux intérêts de la religion. Je regarde donc votre présence à Rome dans ces