‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 279 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

celle qui m'avait été confiée. Je ne puis dissimuler ma surprise »... Tout cela « sans me prévenir, et j'avoue que, croyant mériter plus d'égards, je me serais décidé à partir sur-le-champ pour Naples, si je n'avais consulté que ma propre dignité... Mais accoutumé dans tous les temps à sacrifier pour le service du Roi tout ce qui m'était personnel, j'ai différé mon départ. »

Au reste les instructions données à Lasagni semblent indiquer que c'est sur lui principalement que le gouvernement fondait ses espérances pour l'heureuse issue de la négociation. Elles se terminent sur une double considération, qui sans doute dut peser plus que les arguments juridiques sur la décision du Pape : « Enfin, vous n'épargnerez rien de ce que vous croirez propre à porter la conviction dans l'esprit du Souverain Pontife, du cardinal Secrétaire et des prélats qui sont le plus habituellement consultés par eux, et à lui l'aire reconnaître que le Roi n'a pu agir autrement qu'il n'a fait et que l'exécution de la volonté royale ne saurait être différée au delà des bornes qu'elle a elle-même fixées... En même temps vous pourrez annoncer que le Roi, dont on ne met certainement en doute ni la piété ni le respect filial pour le Souverain Pontife, est disposé à apporter à l'exécution de ses Ordonnances tous les ménagements qui pourront la rendre moins pénible à ceux qui ont pensé, faute sans doute d'avoir assez approfondi la question, qu'elle portait atteinte aux droits légitimes de l'épiscopat. » (15 août 1828.)

Quant à l'objet précis de sa mission, M. Lasagni, comme le duc de Blacas et comme le chargé d'affaires, devait obtenir du Pape la promesse ou de ne pas répondre aux évêques, ou de ne répondre que pour leur recommander la soumission et l'obéissance. Cependant, comme le nonce Lambruschini, prenant fait et cause pour l'épiscopat, s'abstenait de paraître aux réceptions de Feutrier, l'envoyé du Roi devait encore insister pour qu'il fût rappelé à l'ordre.

Les trois négociateurs furent reçus l'un après l'autre à

422 LA COMI'AGNIE DE JESUS

Taudience de Léon XII et du cardinal Bernetti; ces audiences duraient parfois jusqu'à deux et trois heures. M. Bellocq, le chargé d'affaires, admis tout d'abord le 11 juillet, rendait compte le lendemain dans une dépêche au comte de la Ferronnays. Ayant dit à Sa Sainteté qu'il venait l'entretenir des dernières mesures du gouvernement français : « Je les connais fort bien, dit le Pape avec un accent pénétré, et je ne vous cache pas qu'elles m'ont fait une vive douleur. » Abordant ensuite la première Ordonnance, M. Bellocq fit remarquer les inconvénients de la tolérance accordée aux Jésuites dont l'existence était contraire aux lois; cette tolérance avait attiré au gouvernement du Roi « de très violentes attaques de l'immense majorité de la nation ». La mesure adoptée n'a rien que de légal et d'équitable. Les huit écoles dirigées par les Jésuites rentreront dans le droit commun; ils ne seront d'ailleurs l'objet d'aucune persécution.

« A ce discours, continue le négociateur, le Saint-Père n'a pas prononcé un seul mot, inclinant la tète sur sa poitrine. Il était facile de s'apercevoir que cet endroit de la plaie était le plus sensible, mais aussi qu'il ne lui arracherait aucune plainte. » (22 juillet.)

A son tour le duc de Blacas écrivait après ses entrevues avec le Pape et le Secrétaire d'Etat : « Ils m'ont paru l'un et l'autre assez embarrassés par les communications qu'ils reçoivent de France et sur le parti qu'ils auront à prendre. » (28 août.) M. Lasagni, qui survient quelques jours après, débute par la même note : « Le Pape ne dissimule pas qu'il éprouve de l'amertume, » (4 septembre.) Il avait même donné aux Jésuites un témoignage de sympathie qui avait causé quelque alarme au chargé d'Affaires. Les contrariétés qu'ils éprouvent en ce moment, écrit-il, « ont été plus que compensées par l'honneur que le Saint-Père a fait à la Compagnie le 31 juillet, en allant célébrer dans sa principale église la fête de son fondateur. Le Pape y a proclamé sur le tombeau de saint Ignace les vertus héroïques et les mérites suffisants du Vénérable Bernardino

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