‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 280 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Realini, prêtre de cet Institut, mort en 1616, et dont la canonisation se poursuit depuis 1731 ». (5 août.)

Au reste, que pouvait faire Léon XII ainsi harcelé? Cette succession d'ambassadeurs ordinaires et extraordinaires démontrait trop clairement que le roi de France se trouvait engagé dans une situation critique. On lui avait dit qu'il y allait du salut de la couronne : « La tempête soulevée à propos des Petits-Séminaires pourrait bien engloutir le vaisseau de la monarchie. » Si maintenant l'exécution des Ordonnances était entravée, s'il fallait entrer en lutte avec l'épiscopat appuyé par le Pape, n'avaiton pas à craindre les pires malheurs? Le roi semblait faire appel à la pitié du Souverain Pontife autant qu'à son esprit de modération et de prudence.

Léon XII, en effet, répondit dès l'ouverture de la négociation de manière à tranquilliser Charles X et ses ministres. Les évêques n'avaient point eu recours au Saint-Siège ; un ou deux seulement avaient écrit et on ne leur avait pas répondu. Le Pape attendrait d'être « interpellé » par l'épiscopat. Que s'il l'était, alors le devoir de sa charge l'obligerait à répondre; il le ferait selon sa conscience, mais toujours avec la préoccupation de sauvegarder l'autorité du roi et la paix du royaume. Ces assurances verbales, réitérées et précisées sur les instances, et à vrai dire, sur les importunités des agents officiels et secrets, furent enfin formulées dans la Note suivante adressée, le 6 septembre, par le cardinal Bernetti au ministre des Affaires étrangères; les termes en avaient été concertés entre le secrétaire d'État et M. Lasagni.

« Sa Sainteté, se confiant, d'un côté, en la haute piété du Fils aîné de l'Église et, de l'autre, persuadée du dévouement sans réserve des évêques de France envers Sa Majesté et de leur tendre amour pour la paix et pour tous les véritables intérêts de noti'e sainte Religion, ne sait {sic) pas prévoir que des circonstances malheureuses puissent l'obliger à rompre un silence si conforme aux vœux de Sa Majesté Très Chrétienne. Mais sice malheur arrivait, j'ose répondre

que le Saint-Père ne s'adresserait assurément à personne sans avoir auparavant indiqué à Sa Majesté la nouvelle position que son devoir sacré pourrait lui avoir marquée, et il n'oubliera jamais tout ce qu'il doit au maintien de l'ordre et de la tranquillité en France, ainsi qu'à la dignité du trône de saint Louis'. »

Cette Note était assurément moins explicite que ne l'aurait voulu le gouvernement; les bulletins de victoire du chargé d'AfFaires et de M. Lasagni lui avaient fait espérer mieux. Il paraît bien qu'il ne la trouva pas suffisamment péremptoire. La preuve, c'est que, tout en s'en servant pour briser la résistance des évêques, il n'osa jamais leur en communiquer le texte. La lettre suivante montre à quel étrange expédient on eut recours pour notifier à l'épiscopat les intentions du Pape. Elle est adressée, en date du 25 septembre, aux métropolitains et par eux à tous les évêques du royaume, par le cardinal de Latil, archevêque de Reims et grand-aumônier de France :

« Monseigneur,

« Le Roi ayant daigné me faire communiquer les réponses de Rome relatives aux Ordonnances du 16 juin, et m'ayant invité à vous en donner connaissance, j'ai l'honneur de vous informer que Sa Sainteté, persuadée du dévouement sans réserve des évêques de France envers Sa Majesté, ainsi que de leur amour pour la paix et tous les autres véritables intérêts de notre sainte Religion, a fait répondre que les évêques doivent se confier à la haute piété et à la sagesse du Roi pour l'exécution des Ordonnances, et marcher d'accord avec le trône. »

I . Cette pièce diplomatique restée secrète fut publiée pour la première fois par Crétineau-Joly, en i846, dans V Histoire de la Compagnie de Jésus, tome VI, p. u6o. Nous la transcrivons sur son autorité. Elle ne se trouve point à sa place dans le dossier de Rome, 1828, aux Archives des Affaires étrangères. Elle est d'ailleurs conforme au rapport de M. Lasagni, du 4 septembre, sur sa conférence avec le Secrétaire d'Etat où furent arrêtés les termes de la Note à écrire.

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