‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 281 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Évidemment on avait dicté en haut lieu la leçon au grandaumônier; il suffit de rapprocher les deux lettres pour constater qu'il fait dire au Pape bien plus que le Pape ne disait, en effet. L'archevêque de Paris qui, lui aussi, avait vu la Note romaine, déclara bien qu'il n'y avait pas trouvé « les mêmes choses que M. le cardinal de Reims » ; mais il ne voulut pas se mettre à la traverse de la mission que le Roi avait confiée à un autre, et à partir de ce moment, il ne songea plus, avec le Comité, qu'à mettre fin au conflit en sauvegardant le plus qu'il serait possible l'honneur de l'épiscopat contraint de revenir sur ce que le nonce appelait « le terrible Non possanius «.Après un pareil engagement, dont la publicité donnée au Mémoire avait rendu le pays témoin, il fallait trouver un mode de soumission dont le gouvernement pût se contenter, sans que l'épiscopat en fût avili. On chercha longuement et péniblement; il y eut des négociations douloureuses avec le ministère, qui ne voulut accepter ni mandement, ni déclaration collective. Enfin il consentit à donner son agrément au projet de lettre qu'on va lire, et que chaque évêque individuellement devrait adresser au ministre des Affaires ecclésiastiques :

« Monseigneur,

« Si je persiste à professer sur la juridiction et l'autorité spirituelle les principes consignés dans le Mémoire qui a été présenté au Roi au sujet des Ordonnances du 10 juin relatives aux écoles secondaires ecclésiastiques, — principes que je crois être ceux du Saint Siège apostolique et qui me sont communs avec la presque unanimité des évêques de France, — je suis cependant loin de méconnaître les droits de surveillance et de protection qui appartiennent au Roi sur les établissements de son royaume, ({uelle

que soit leur nature et leur objet. Aussi n'ai-je jamais mis en doute que les évêques ne pussent et ne dussent fournir, par forme de renseignements, tous les états qui leur seraient demandés touchant leurs Petits-Séminaires. Si j'avais hésité dans la circonstance présente, de peur de paraître entrer en contradiction avec moi-même et trahir ma conscience, maintenant que, sans aucun déguisement, j'ai manifesté mes principes que je regarde comme incontestables, j'ai d'autant moins de difficulté à vous adresser les éclaircissements que vous me demandez que les communications nouvelles faites à deux archevêques de France laissententrevoir que le Saint-Père désire que les évêques, cédant à la nécessité, se prêtent à l'exécution des Ordonnances dans la ligne de la conscience.

« En vous adressant ces renseignements, je prétends ne renoncer en aucune manière aux principes du Mémoire. J'espère remplir suffisamment les intentions du Roi, je crois suivre les conseils de Notre Saint-Père le Pape, tout en continuant à déplorer avec l'épiscopat français cette fatale nécessité qui a fait couler les larmes de la Religion. »

Ce projet de lettre fut envoyé aux évêques le 8 octobre; dans une note qui l'accompagnait le Comité s'efforçait d'établir qu'ils pouvaient sans se déjuger faire ces concessions, qu'elles ne comportaient aucune coopération, que par conséquent on « restait constant avec le Mémoire ». « Quant à la déclaration, ajoutait-il, que les professeurs n'appartiennent à aucune Congrégation religieuse, on garderait un silence absolu, on n'enverrait aucune déclaration ni particulière ni générale, mais on ne se servirait même point des expressions plus vagues indiquées par le ministre dans sa circulaire du 30 août, savoir : qu'à cet égard les intentions du Roi ont été remplies, et dans le cas oii par la suite on voudrait exiger de la part des susdits professeurs des déclarations individuelles., on les leur interdirait formellement. »

Cette procédure fut acceptée par la grande majorité des

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