CHAPITRE IX
évêques; une note du 20 octobre faisait savoir qu'il n'y avait que deux opposants et huit dont on n'avait pas encore reçu la réponse.
Au surplus, le gouvernement, satisfait sur la question fondamentale de la soumission, fut assez peu regardant pour le détail, oubliant même la fameuse déclaration ; la plupart des évoques ou la passèrent sous silence ou se contentèrent de mettre à la suite du nom des directeurs la qualification de prêtres séculiers. Le ministre des Affaires ecclésiastiques et son collègue de l'Instruction publique n'en demandèrent généralement pas davantage.
Cependant Feutrier se réservait, paraît-il, de presser davantage ceux qu'il trouvait plus récalcitrants. A la date du 14 janvier 1829, l'intraitable archevêque de Toulouse qui ne s'était pas encore exécuté, lui écrivait : « Votre Excellence m'a averti que mes Petits-Séminaires n'auraient l'autorisation que si je fais une déclaration qu'Elle n'a pas demandée à mes confrères, notamment aux derniers, comme j'en ai la preuve. » Ma conscience, poursuivait-il, est cruellement embarrassée. J'ai cinq cents enfants qui attendent... On m'accusera et peut-être je serai responsable devant Dieu, si je ne fais pas ce que « votre malveillance » à mon égard exige de moi. « Donc, je déclare à Votre Excellence que je me suis assuré que Messieurs les Supérieurs, Directeurs et professeurs n'appartiennent à aucune Congrégation non autorisée. » Et le vénérable cardinal ajoutait que, si on lui en demandait davantage, il n'hésiterait pas à prier le Saint-Père d'agréer sa démission '. »
I. Cette lettre prouve qu«, en ce qui concerne les Petits-Séminaires, même dans le cas où l'on se montrait le plus rigoureux, la déclaration « par écrit » imposée par l'article 2 de la i"" Ordonnance ne fut pas exigée du personnel ; on se contentait de la parole de l'évèque. Quant aux établissements dépendants de l'Université, celte exigence eût été la plupart du temps encore plus ridicule que vexatoire. Il est certain pourtant que la déclaration fut demandée çà et là, jusque dans les collèges royaux, apparemment quand on voulait se débarrasser de quelque fonctionnaire jugé trop clérical, comme on dirait aujourd'hui. Ainsi
Cette amende honorable du premier signataire du Mémoire parut suffisante et, quelques jours après, le Moniteur publiait les « Ordonnances autorisant les écoles secondaires ecclésiastiques du diocèse de Toulouse conformément aux Ordonnances du 6juin 1828 ».
Un autre prélat non moins intransigeant que le cardinal de Glermont-Tonnerre fut Mgr de Pins, archevêque d'Amasie, administrateur apostolique du diocèse de Lyon. Dès l'abord il s'était déclaré adversaire des demi-mesures. Il avait refusé de signer le Mémoire; à son avis l'attitude purement négative, le simple refus de coopération lui paraissait une faiblesse indigne de réj)iscopat, qui avait autre chose à faire qu'à se retrancher dans l'inertie, en face de la violation des droits de l'Eglise. Il s'était immédiatement adressé au Pape, et dès lors le respect dû au Saint-Siège lui interdisait, pensait-il, de s'associer aux négociations avec le gouvernement et de se prêter à aucune transaction. Sa première lettre (12 juillet) demeurée sans réponse, il en écrivit une seconde (17 août) qui ne fut pas plus heureuse. Enfin le 24 octobre, l'archevêque d'Amasie recourait pour la troisième fois au Saint-Père et lui transmettait le projet de lettre à envoyer au ministre, avec les raisons pour lesquelles il ne croyait pas devoir le faire.
Cette fois la réponse vint sous la forme d'un Bref en date du 15 novembre 1828. Ce document a une importance considérable dans l'histoire des trop célèbres Ordonnances. Le Pape tolère la solution indiquée par le projet de lettre. L'archevêque peut faire connaître au gouvernement le nombre des élèves, les noms des Supérieurs et Directeurs avec la qualification de prêtres séculiers, enfin les besoins de ses Petits-Séminaires. Mais qu'il s'en tienne à ces déclarations; qu'il n'y ajoute pas d'autres choses
l'abbé Doney, professeur de pWlosophie au collège royal de Besançon, dut quitter sa chaire pour avoir refusé une déclaration, qu'il pouvait faire puisqu'il n'appartenait efïectiveiuent à aucune Congrégation, mais qui répugnait à sa fierté sacerdotale. (Cf. L'Ami delà Religion et du Roi, tome LVllI, p. Sag.)