‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 283 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

que lui « conseillent ses frères les évêques, mais que la nécessité n'exige pas et qui ne sont pas conformes à la saine doctrine ' ».

Sur la copie du projet de lettre qu'il envoyait au Saint- Père, l'archevêque d'Amasie avait souligné d'un trait les passages ou expressions qui lui paraissaient blâmables. Léon XII lui retourne cette même copie. « Il y a un mot, lui dit-il, qui a échappé à votre vigilance. Vous le reconnaîtrez à une marque semblable aux vôtres que Nous avons ajoutée de Notre propre main à ce même écrit. Elle tombe sur un mot qu'on ne peut tolérer dans l'Eglise de Jésus- Christ, surtout avec l'étendue du sens qui peut lui être donnée et qui a été rejeté d'une commune voix par plusieurs conciles. Que maintenant un tel mot soit admis et employé par un corps d'évêques aussi distingués, c'est ce qui ne peut arriver sans un grand scandale et un grave préjudice pour l'Eglise^, »

Le mot souligné de la main du Pape et réprouvé par lui en termes aussi énergiques est ce droit àe^ surveillance <jue la lettre épiscopale reconnaît au Roi sur tous les établissements de son royaume sans distinction. Si donc le Pape approuve que les évêques fassent certaines déclarations relatives à leurs Séminaires, il n'en condamne pas moins comme une erreur intolérable la doctrine d'après laquelle l'État peut exercer sur ces établissements tel contrôle qu'il lui plaît.

Enfin si l'on veut savoir pourquoi le Pape n'a pas donné son avis sur la ligne de conduite à tenir à l'égard des Ordonnances, c'est, dit le Bref, que cet avis ne lui a pas été demandé par l'épiscopat. Sauf trois ou quatre lettres

1. « Sed ne cures his ea adjicere qux fratres episcopi siiaserunt, quippe qii<e nec nécessitas postulat nec sententiœ ad rectum exactw judicium. )>

a. Cadit illa (nota) in vocabulum quod sane adeo lato sensu quo ibi accipi potest, ferendum non est in Ecclesia Christi, quodque non in uno Goncilio una voce rejectum est. Idem vocabulum nunc a corpore adeo insigni episcoporum admitti et usurpari, id quidem fieri sine gravi scandalo et Ecclesise delrimento non potest.

particulières, le Saint-Père n'a reçu que le Mémoire où les évêques déclaraient leur décision prise. Ce n'est pas là, dit-il, consulter le Saint-Siège K

Mgr de Pins avait rouvert les Petits-Séminaires du diocèse de Lyon, à la date accoutumée, sans être en règle avec les Ordonnances. Sur l'ordre du ministre ils furent immédiatement soumis au régime de l'Université. Dans un Post-Scriptum, le Pape exprimait sa douleur à ce sujet et en même temps son espoir que le malheur allait être bientôt réparé. Il le fut en effet. Délivré de ses scrupules l'archevêque fit sa soumission. « Les bases de l'arrangement, écrivait-il à Feutrier, m'ont été tracées par le Saint-Père; j'ai confiance que vous en serez satisfait. »

En d'autres diocèses on avait pris le parti de différer la rentrée ; à Paris notamment elle n'eut lieu que le 21 novembre. Mgr de Quélen avait fait savoir qu'il était résolu à supprimer son Petit-Séminaire dans le cas où le gouvernement manifesterait de nouvelles exigences.

Heureusement les conseils de modération prévalurent, et les derniers jours de l'année 1828 virent la fin d'un conflit qui l'avait remplie tout entière et qui menaçait de troubler pour longtemps la paix entre l'Eglise et l'État. Le gouvernement était parvenu à faire cesser la résistance de l'épiscopal, grâce à son entente avec le Saint- Siège. Gomme toujours en pareil cas les esprit absolus déploraient la faiblesse de l'Eglise comme d'autres celle de l'Etat. Lamennais écrivait : « Je ne crois pas que depuis des siècles un aussi grand scandale ait été donné; combien les suites peuvent en être funestes! Rome, Piome!... A présent on ne sait que dire : Céder, céder 2... » Mais la politique est faite de transactions, et on ne règle pas les

I . On lit pourtant dans la note envoyée le 2 août aux évêques par le Comité de Paris, que le Pape est tenu au courant de tout ce qui se fait ; « des conseils lui ont été demandés pour l'avenir ». Et de son côté le Bref déclare : Quod nobis prorsus ignotum est. La correspondance du Comité avec Rome aurait-elle donc été interceptée? L'hypothèse expliquerait l'apparente contradiction. Peut-on dire qu'elle soit improbable?

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