‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 284 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

rapports entre les puissances, pas même entre le Sacerdoce et l'Empire, avec des formules géométriques. Il est évident que l'Église cédait une partie du terrain qu'elle occupait et qu'elle déclarait lui appartenir; mais l'État aussi se relâchait de ce qu'il prétendait être son droit, et sans cet échange de concessions, il est certain que les suites de la querelle eussent été funestes pour l'un et l'autre contendant, mais surtout pour l'Église, qui n'avait plus le moyen de recruter son clergé.

Il n'en est pas moins vrai que les malheureuses Ordonnances de 1828 marquent un pas de plus dans la voie de l'asservissement de l'Église à l'État, asservissement facilité par le contrat qui les lie. Elles sont une affirmation du principe d'après lequel l'Église n'a guère d'autres droits que ceux que l'Etat lui confère ou veut bien lui reconnaître. Par ailleurs, elles introduisent dans notre droit public une monstruosité qu'il sera difficile d'en faire sortir, j'entends la déclaration écrite qu'on n'appartient à aucune Congrégation non autorisée, déclaration exigée de quiconque veut entrer dans l'enseignement. Elle pourra être oubliée mo»mentanément dans l'arsenal des lois d'oppression; mais la République jacobine s'empressera de l'en exhumer, heureuse de la présenter comme une institution de la monarchie cléricale, donnée à la France par le Roi Très Chrétien. Désormais elle l'inscrira sans vergogne dans tous ses projets de loi sur l'enseignement.

Revenons aux Jésuites. N'oublions pas que c'est contre eux que fut imaginée cette méthode d'inquisition qui déshonore nos Codes '. Cependant les mesures annoncées

I. Voici en quels ternies le Globe, journal libéral qui ne le cédait à aucun autre en violence contre les Jésuites, appréciait la déclaration : « Quant aux Jésuites, s'ils sont tels que a'ous les croyez et que leurs livres casuistiques les montrent, l'obligation sera de peu ; ils prêteront tel

ne paraissaient pas encore suffisantes au parti qui les avait provoquées. Aussi l'Ordonnance qui les frappait ("ut accueillie par la presse libérale avec moins de satisfaction que de défiance. Les rédacteurs du Constitutionnel feignaient de croire qu'ils sauraient éluder le coup; la déclaration même, le serment qu'on allait leur demander n'était pas pour les gêner; ils s'en tireraient avec une restriction mentale, et ils continueraient, après comme avant, leur œuvre néfaste, ténébreuse. L'unique méthode efficace de préservation c'était celle d'autrefois; que ne se décidait-on à les chasser purement et simplement.^

De fait la question fut mise à l'ordre du jour de la Chambre des Députés. Elle avait reçu plusieurs pétitions pour l'expulsion des Jésuites. Le rapporteur de la commission, M. de Sade, lut son travail dans la séance du 21 juin, cinq jours après la promulgation des Ordonnances'. Ce Rapport, qui remplit un nombre respectable de colonnes du Moniteur^ est encore une pièce affligeante pour l'honneur de nos assemblées parlementaires. On écarte pour vice de forme la pétition d'un vétérinaire; quatre autres ont paru dignes de l'attention des représentants de la nation; l'une d'elles est l'objet d'une longue et minutieuse analyse, c'est celle du pauvre sire que nous avons

serment que vous voudrez sous restriction mentale, et si par hasard ils y tiennent, voilà une étrange règle imposée au pays. C'est la loi du test de l'Angleterre, et comment imposée!... Ce mot seul de Congrégation, qui ne signiOe pas corporation, qui ne rappelle aucun des engagements des anciennes communautés religieuses, aucun des droits que notre vieux régime leur conférait, ce mot seid de Congrégation couvre un crinae, emporte une incapacité civile. En réalité nous n'y concevons rien. C'est faire de l'absurde pour le plaisir d'en faire...; c'est renouveler les billets de confession, la déclaration de civisme; c'est commander l'hypocrisie, le mensonge et le commander sans nécessité, puisque le Gouvernement écarte et choisit qui lui plaît. » (Le Globe du 21 juin 1828.)

I. Ces dates ne laissent pas d'être significatives. Le 16 juin est la fêle de saint François Régis, un saint Jésuite et français, patron des Provinces de France; le 21 juin est la fête de saint Louis de Gonzague, une des plus pures gloires de la Compagnie de Jésus. Ne dirait-on pas que ces lils de saint Ignace se chargent d'obtenir pour sa famille le privilège qu'il a demandé pour elle, celui des persécutions ?

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