CHAPITRE IX t
Séminaires dirigés par les Jésuites qui ne leur ait exprimé ses sentiments de respect, d'alFection, d'admiration même aussi bien (jue de reconnaissance. Ce n'est pas sans quelque embarras que nous citons des paroles aussi élogieuses, même en nous souvenant qu'elles s'adressent à des frères morts depuis longtemps '.
Dès la première de ses lettres pastorales sur les Ordonnances, le vaillant évoque de Chartres, Glausel de Montais résumait ainsi l'impression produite sur l'épiscopat par celle qui frappait les Jésuites : « En 1765, les évéques de France déclaraient au Roi que le clergé n'avait pu voir sans une extrême douleur la Société des Jésuites, recommandable par la pureté de sa foi, par l'intégrité des mœurs, l'austérité de la discipline, l'étendue du travail et des lumières, traduite comme criminelle... Les évéques d'aujourd'hui expriment au sujet de leurs successeurs la même estime et la même affliction. »
Gomme Saint-Acheul avait le privilège de recueillir une part exceptionnelle des outrages destinés aux Jésuites, l'évêque d'Amiens n'avait pas attendu les Ordonnances pour leur faire une éclatante réparation d'honneur. Le Constitutionnel en donnait la nouvelle dans son numéro du 16 juin : « On a lu hier dans les paroisses d'Amiens une lettre de l'évêque déclarant que les respectables ecclésiastiques qui dirigeaient le Petit-Séminaire de Saint- Acheul ont été depuis quelques années l'objet des attaques les plus violentes et les plus injustes. » Le clergé voulut s'associer à cet hommage. Tous les curés de la ville signèrent une adresse au chef du diocèse pour le remercier de son initiative. « Oui, disaient-ils en appliquant aux prêtres de Saint-Acheul le témoignage que la voix publique rendait au Sauveur lui-même : Oui, ils ont passé au milieu de nous en faisant le bien... Et puissent nos paroles dissiper tant d'injustes préventions et convaincre tous les
I. On trouvera le texte in extenso de ces Déclarations dans VAnii de la Religion et du Roi, tome LVI, pp. i64,i88, 2^8, 287; tome LVII, pp. i5, 51,78, 87, 88, 169, 170, 186, 284, 3oi.
Français que ceux que la malignité ou l'ignorance représentent sous de si noires couleurs sont en elï'etles modèles du clergé. »
Quelques semaines plus tard, les doyens et curés du diocèse publiaient à leur tour dans 1'^!/;?^ de la Religion une déclaration plus chaleureuse encore. Invoquant leur âge qui devait les préserver des entraînements de la passion et « donner quelque poids à leur témoignage », « depuis quatorze ans, disaient-ils, nous avons pu former notre opinion... Oui, c'est à nous qu'il appartient d'apprécier ce que les vertueux prêtres de Saint-Acheul ont semé de germes de bien public dans ce diocèse, ce qu'ils y ont répandu de sueurs et de travaux, ce qu'ils y ont produit de bon et de beau par l'exemple de leur zèle et de leur charité, par leur infatigable dévouement, par leur piété sage et éclairée, par l'influence salutaire de leurs leçons, de leur morale pure et de leurs grandes lumières. Le haut témoignage d'estime qui leur a été rendu par notre premier pasteur ne laisse rien à désirer sans doute, mais nous éprouvons le besoin de dire après lui nos regrets et notre profonde douleur. Témoins comme nous le sommes de tant de travaux précieux et d'éclatantes vertus, notre silence serait coupable si nous laissions ignorer ce que nous savons à la louange ou plutôt à la gloire des prêtres de Saint-Acheul. »
xA l'autre extrémité du pays, en Provence, les Jésuites reçoivent de leurs confrères dans le sacerdoce les mêmes preuves d'affectueuse vénération : « Chacun de nous, disent les prêtres du diocèse d'Aix, les a toujours trouvés également vertueux, humbles et charitables; une seule vertu avait échappé à nos regards, leur inaltérable patience; mais ils en offrent le ravissant spectacle au milieu des calomnies atroces dont on les poursuit. » A Marseille, le clergé réuni pour la retraite pastorale signe en masse une adresse à l'évêque qui a protesté éloquemment contre la proscription des Jésuites : « Nous nous croirions indignes de vous, Monseigneur, si nous ne partagions vos regrets...