‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 287 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

sur le triomphe déplorable de l'impiété par rapport aux membres de cette précieuse Compagnie de Jésus qu'on enlève contre toute justice à la confiance la mieux méritée de la France catholique. » « Pendant douze ans, déclarent les prêtres du canton de Forcalquier, nous n'avons cessé d'admirer dans ces religieux les vertus les plus éminentes. » Les curés « des environs de Montmorillon » font précéder leur attestation d'une formule qui a sa valeur : « Nous soussignés certifions spontanément et sans autre inspiration que celle de la justice etde la vérité... » Enfin, plus de cent prêtres, venus à la distribution des prix du Petit-Séminaire de Dôle, s'excusent de ne pas reproduire les éloges décernés ailleurs « à d'illustres persécutés » : « Nous dirons seulement qu'ils sont partout les mêmes, oui, dans le meilleur sens, ab uno disce omnes. Oui, c'est partout le même zèle pour la gloire de Dieu et pour les intérêts du prochain. Ils nous en ont donné des preuves non équivoques, quand ils sont venus édifier nos paroisses par l'exercice du saint ministère et par l'exemple de leurs vertus. »

En face de tels suffrages que valaient les injures jetées aux Jésuites par des gens qui n'avaient jamais vu un seul d'entre eux ?

A ces hommages du clergé s'en ajoutèrent beaucoup d'autres qui ne sont pas moins honorables pour ceux qui les rendirent que pour les religieux qui en étaient l'objet. A propos de cet empressement auprès des victimes des Ordonnances, V Ami de la Religion écrivait : « On remarque dans la mauvaise fortune des Jésuites quelque chose qui diffère entièrement des autres disgrâces. Dans les autres disgrâces, il est très commun de se voir délaissé, oublié vite et quelquefois renié ; les amis se retirent les uns après les autres, les regrets se cachent, tout se refroidit d'indifférence ou de timidité. Le contraire arrive à l'égard des Jésuites, et il semble que le solus eris des temps orageux ne les regarde pas. Non seulement on ne rencontre personne qui rougisse de les avoir aimés et défendus, mais

on tient à honneur de leur rester fidèle et de le proclamer. » L'auteur cite à l'appui les adresses que le clergé « des diocèses où ils sont le plus connus » signe sans crainte des désagréments qu'il pourrait s'attirer. « Leurs élèves aussi se sont fait connaître et ont tenu à honneur de partager leur disgrâce. » Les vocations leur arrivent plus nombreuses que « quand ils passaient pour être les maîtres de l'Etat ». Enfin « on connaît un grand nombre de pétitions adressées soit aux Chambres, soit au Roi en faveur des Jésuites ». Voici que « des Conseils généraux demandent des collèges de religieux...; dans le seul département du Nord quatorze villes les réclament avec énergie ». Le journal cite des extraits de ces pétitions; l'une d'elles débute ainsi : « Depuis l'assassinat de Louis XVI jamais la consternation et le deuil n'ont été si universels qu'à la nouvelle de la fatale Ordonnance du 16 juin'. »

Le Constilutioîinet est ici plus explicite encore que la feuille religieuse. Il constate avec colère « l'expression des votes d'un très grand nombre de Conseils généraux », qui contraste, dit-il, d'une « manière choquante avec les sentiments du pays ». Ils sollicitent une loi sur l'instruction publique, « pour qu'elle soif, exclusivement selon les uns, ou en concurrence selon les plus modérés, livrée à des corporations religieuses. Le Conseil général du Doubs demande que les Congrégations déjà existantes soient autorisées légalement^. Celui du département de

1. l'Ami de la Religion et du Roi, ii octobre 1828, lome LVII, p. 284.

2. Deux ans auparavant, le Conseil général du Doubs avait fait une Déclaration que la Compagnie de Jésus conserve dans ses archives avec reconnaissance et avec iîerté. On lit dans le procès-verbal de la séance du 29 août 1826: «... Le Conseil ne craindra pas de nommer les Pères Jésuites et d'exprimer sa pensée à leur égard. Le Petit-Séminaire de l'Arc à Dôle, confié à leurs soins, sous la surveillance de Mgr l'évêque de Saint-Claude, où Goo élèves reçoivent une éducation aussi chrétienne qu'instructive, est une preuve frappante des talents et de l'excellence des soins de ces Pères, comme de la confiance qu'ils inspirent et, lorsque de toutes parts on les attaque dans les feuilles destinées à empoisonner ce qu'elles touchent, il est juste de faire ressortir les titres que les Jésuites se font à l'estime de tout ce qui pense bien. Oui, le Conseil

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