CHAPITRE IX
Vaucluse est plus franc; il vote pour que l'instruction publique soit confiée notamment aux Jésuites dont l'intérêt de la religion et de la Société réclame le rétablissement. » (4 août 1828.) Le journal libéral aurait pu ajouter la municipalité de Perpignan votant des fonds pour la création d'un collège de Jésuites à la veille des Ordonnances.
La pétition de la ville d'Amiens fut couverte de plus de 1.400 signatures. « A l'exception, disait-elle, de quelques fervents révolutionnaires qui préféreraient Tanéantissement de leur ville au moindre triomphe de la religion, tous les habitants d'Amiens sont frappés de consternation en voyant périr un établissement qui est devenu comme sacré pour la Picardie par le bien réel qu'il y produit et par l'espèce d'éclat qu'il a répandu sur cette province. » Une note ajoutée à la pétition faisait ressortir le préjudice que la fermeture de Saint-Acheul allait causer à la population d'Amiens.
« Les prêtres de Saint-Acheul ont été pour nous une providence. Cet établissement verse annuellement dans la ville et dans la commune un capital qui excède 800.000 fr., source qui va être tarie. Il allège la charge des bureaux de bienfaisance par ses abondantes aumônes. Il délivre par an au moins 52.000 livres de pain aux pauvres, sans parler des vivres et des vêtements qui se distribuent chaque jour aux portes delà maison. Saint-Acheul nourrit et élève gratuitement 50 à 60 enfants, sans parler de plus de 200 autres qui ne paient qu'une très faible partie du prix de la pension. Chacune des classes de Saint-Acheul adopte une ou plusieurs familles pauvres dont elle est
déclare que cette Société, si distinguée par ses succès dans l'enseignement, ne lui parait en rien mériter les inculpations dont elle est l'objet et qu'il la regarde comme précieuse et essentielle à conserver les vertus, la piété, les talents, les bons principes qui forment le caractère de cette corporation... C'est sans doute ce qui explique l'acharnement avec lequel on la poursuit et il suffirait de voir de quelle source part cette persécution pour en juger le mérite et les luotifs. »
la seule ressource et qu'elle assiste à domicile. L'établissement de Saint- Acheul et des autres maisons des Jésuites rend doublement tributaires de la France mille familles étrangères qui leur envoient leurs enfants et leur or de tous les points du globe. De là des rapports de toute espèce ouverts avec l'étranger. »
Les doléances que les familles portèrent au pied du trône ont un autre accent. Voici le début d'une Pétition adressée à Charles X par les parents des élèves de Sainte- Anne d'Auray : « Sire, profondément affligés, frappés dans nos affections les plus chères, réunis ici au moment de reprendre nos enfants dont l'éducation chrétienne nous comblait de bonheur, nous osons lever vers Votre Majesté des yeux remplis de larmes et des mains suppliantes. » Les pélilionnaires ne demandent rien de moins à Sa Majesté que de révoquer les Ordonnances, mais ils n'ont, comme on le voit, ni un ton ni une attitude de révoltés.
Malgré la longueur de ces citations, nous ne pouvons omettre de signaler encore un document plus significatif peut être, à raison de sa provenance, qu'aucun autre. En voici les passages essentiels :
«8 juillet 1828. Réunis à Paris les soussignés, anciens élèves des Petits-Séminaires confiés à la direction des Jésuites, ont rendu publique la déclaration suivante :
« ...Forts de notre conscience etde la vérité, nous venons à la face de la France proclamer l'innocence de nos anciens maîtres. Nous affirmons que, élevés dans les établissements des Jésuites, nous y fûmes constamment les témoins de la pureté de leurs vertus, de leur attachement au trône de nos rois et de leur soumission aux lois du pays... Dans toutes les circonstances de notre vie, nous saurons par notre fidélité à Dieu, par notre dévouement à la famille de nos rois et notre obéissance aux institutions que nous leur devons, prouver que les Jésuites savaient former de vrais chrétiens et de bons Français. »
Les signataires, au nombre de cent cinquante, étaient alors de jeunes hommes, étudiants pour la plupart, et dont