‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 291 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

leur autorité. C'est là que les nouveaux Jésuites avaient repris ce ministère de l'enseignement et de l'éducation de la jeunesse que l'Instiiut de saint Ignace considère comme une de ses fonctions essentielles.

En se reportant à soixante ans en arrière, à l'époque où les Parlements proscrivaient l'ancienne Compagnie, on trouvait qu'elle possédait en France quatre-vingt-neuf collèges, non compris les Séminaires et Pensionnats, avec un effectif d'au moins cent mille élèves. Au moment des Ordonnances, on était loin de pareils chiffres. Les huit Petits-Séminaires réunissaient un total d'environ 2.200élèves. Saint-Acheul, le plus ancien et de beaucoup le plus important, en comptait de huit à neuf cents. Un catalogue rédigé par le Père Pourcelet, et conservé aux Archives de la Province de Paris, contient les noms de 3.063 élèves qui y furent reçus de 1814 à 1828. Sur ce nombre on compte 550 prêtres et 70 Jésuites'. Que devenaient les autres, et quels étaient les résultats de l'éducation donnée à Saint- Acheul et dans les autres établissements soumis à la même discipline? Répondaient-ils aux besoins et à l'attente de l'Église, méritaient-ils les appréhensions et les colères des libéraux voltairiens?

On sait que quelques années plus tard Montalembert se plaignait de ne pas trouver d'auxiliaires parmi les élèves des Jésuites ; il lui arriva d'écrire à leur adresse des paroles dures qui ont été soigneusement recueillies et que l'on a citées comme un verdict autorisé et définitif. Nous aurons sans doute à y revenir au cours de cette histoire. En attendant, nous pensons que la meilleure réponse se trouve dans la liste même que nous venons de mentionner, et celles que l'on pourrait dresser pour les autres Petits- Séminaires. On n'y rencontre peut-être pas beaucoup de noms qui aient conquis la célébrité; les personnages célèbres seront toujours des exceptions; mais on peut

1. Huit anciens élèves de Saint-Achenl furent élevés à l'épiscopat : NN. SS. de Garsignies, de Montpélier, Caverot, Duquesnay, Malou, Sarchez, van Deustren, Daveluy.

assurer que la plupart rappellent des hommes qui se sont distingués par leur attachement à la religion et les services rendus. L'auteur de la vie du cardinal Caverot observe que, quand il fut nommé archevêque de Lyon, il trouva plusieurs de ses anciens condisciples de Saint- Acheul à la tète des œuvres catholiques de la ville et du diocèse, et ce fut l'un d'eux, M. Alphonse de Boissieu qui le complimenta au jour de sa prise de possession ^

Les catalogues de Sainte-Anne d'Auray sont peut-être plus édifiants encore à cet égard. On y voit défiler une multitude de noms glorieusement inscrits dans les fastes catholiques de la Bretagne^.

Le Père Gury, il est vrai, dans une lettre au Père Général Fortis, fait une remarque attristante : « Sur plus de deux cents jeunes gens, dit-il, sortis de Saint-Acheul qui se trouvent maintenant à Paris, il y en a à peine vingt ou trente qui se soient soutenus contre la séduction de l'incrédulité et du désordre. » (18 décembre 1828.) Il y a lieu de faire dans cette appréciation la part d'un tour d'esprit quelque peu pessimiste à l'endroit des collèges chez le rigide Supérieur de Montrouge. Mais il reste qu'un grand nombre des élèves de Saint-Acheul devenus étudiants ne résistaient pas aux entraînements du milieu parisien. Il ne faudrait pas en conclure que toute trace de leur éducation chrétienne et pieuse fût abolie pour jamais. On constatait dès lors le vice du système, dont nous souflVons

1. On peut citei- parmi ces Lyonnais anciens élèves de Saint-Aclieul l'abbé de Serres, doyen du Gliapitre priniatial, le baron de Rochetaillée, le baron de Jerpbanion, le comte des Garets, président de l'Œuvre de la Propagation de la Foi, le comte de ïalancé, etc.

2. En voici quelques-uns : Hersart de la Villemarqué, de Carné, Arsène Gabours, S. J., de Beauregard, Artbur et Félix Martin, l'un et l'autre S. J. ; de Cintré, de Farcy, de Kertanguy, de Boisbaudry, de Kerdrel, de Lorgeril, de Goesbriand, Lallemand, d'Andigné, Bazin, du Halgouët, de la Monneraye, de Virel, Rio, d'Héliand, de Rocbebouct, de Quatrebarbes, de la Houssaye, de TrogolF, de Livonnière, deiVIauduit, de Boisanger, de Goatgourden, Marquet, S. J., Le Roy, Le Gouvello, du Boisguéhenneuc, de la Noue, Larboulette, etc.. (Cf. Fernand Bulel, Un collège breton, p. 71.)

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