CHAPITRE IX
encore, qui fait que des jeunes gens, ou plutôt des adolescents, passent sans transition d'un régime de surveillance méticuleuse à une liberté sans frein. En outre, jamais peut-être la jeunesse des écoles ne rencontra plus d'obstacles pour conserver sa foi qu'à cette malheureuse époque. La religion était honorée officiellement, le Floi et son entourage immédiat donnaient l'exemple de la piété; mais l'irréligion en prenait prétexte pour se faire plus ardente et plus agressive; l'impiété révolutionnaire, impiété haineuse, forcenée, couvait encore dans les masses populaires ; dans les hautes classes l'indifférence et l'abandon de toute pratique religieuse étaient de règle, tandis que dans la bourgeoisie, le monde savant et lettré, l'esprit voltairien dominait en maître. Que l'on consulte les souvenirs des quelques grands chrétiens qui surent alors conserver leur foi au milieu du naufrage universel; rien de plus édifiant, mais aussi rien de plus triste.
« Combien, écrivait plus tard Montalembert, étions-nous de jeunes chrétiens, même dans les collèges les mieux famés? A peine un sur vingt. Quand nous entrions alors dans une église, est-ce que la rencontre d'un de ces jeunes gens des écoles, d'un de ces hommes du peuple qui remplissent aujourd'hui nos temples ne produisait pas presque autant de surprise et de curiosité que la visite d'un voyageur chrétien dans une mosquée d'Orient' ? » Et en feuilletant son Journal d'alors, on y trouve des notes comme celle-ci : « Dans la conversation des jeunes gens que je fréquente et qui sont ce qu'il y a de mieux, il y a une impiété et une impureté qui m'effraient. » Les œuvres de préservation étaient rares; on sait quelle animosité s'acharnait contre la Congrégation; les Conférences de saint Vincent de Paul n'existaient pas encore; elles devaient naître précisément du besoin d'offrir aux hommes du monde et aux jeunes gens un antidote contre la contagion de l'universelle incrédulité. En attendant, ceux