‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 294 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

naires, quelques-uns se distinguèrent par leurs talents et leurs services; on leur doit ici une mention spéciale. Le plus en vue de tous est assurément le Père Loriquet. Sa vie a été écrite par le baron Henrion * qui l'adressait au T. R. Père Pioothaan avec ces mots : « Ce nouvel écrit témoignera à vos yeux de mon dévouement et de mon attachement à votre illustre Compagnie, en même temps que de ma tendre et filiale afFection pour le religieux qui en fut Tun des plus beaux ornements et l'un des membres les plus utiles. » (20 octobre 1845.)

Cet éloge n'a rien d'excessif. En dépit de l'inepte légende qui s'est acharnée à déverser le ridicule sur son nom, le Père Loriquet fut, en effet, un homme de haute valeur et un éducateur de premier ordre. Entré l'un des premiers dans la Compagnie, il fit profiter ses frères de l'expérience qu'il avait acquise des choses de l'enseignement dans la Société des Pères de la Foi, à l'Argentière, à Roanne, à Lyon. Le Père de Clorivière l'avait dès l'abord chargé de la direction générale des études. Saint-Acheul lui dut pour une grande part son étonnante prospérité. Directeur du pensionnat à partir de 1816, il remplace bientôt à la tète de l'établissement tout entier le trop modeste Père Follope. Sauf une année d'interruption pour organiser la nouvelle maison d'Aix, suivie de son troisième an de noviciat à Montrouge, il ne quitte plus Saint-Acheul dont il est l'âme et où il a mis l'empreinte de sa puissante personnalité.

Le Père Loriquet était, en effet, l'homme de la discipline et du travail. D'une santé de fer, d'une activité prodigieuse, d'une force de volonté inflexible, il exigeait de tous la régularité et l'application au devoir dont il donnait l'exemple. Levé invariablement à trois heures du matin, ne s'accordant jamais plus de quatre heures de repos, consacrant habituellement au moins deux nuits

I. Vie du R. P. Loriquet, de la Compagnie de Jésus, écrite d'après sa correspondance et ses ouvrages inédits. (Sans nom d'auteur.) Paris, Poussielgue-Rusand, i845. In- 12, pp. 386.

par semaine à une correspondance pour laquelle le temps lui manquait pendant le jour, il accomplit pendant dix ans une tâche qui semblait au-dessus des forces humaines. Il avait l'œil à tout et faisait sentir à tous, maîtres et élèves, la présence d'une autorité qui ne laissait rien au hasard ni au caprice. Le régime àe Saint-Acheul sous le Père Loriquet eut une allure quelque peu rigide, plus militaire que familiale \ Mais le moyen de maintenir autrement le bon ordre dans un établissement où vivaient jusqu'à mille et douze cents personnes ? On lui reprocha de manquer de suavité ; il était habile administrateur, mais pas assez père ; il avait, disaient ceux qui le connaissaient le mieux, beaucoup de talents, mais pas celui de gagner les cœurs. Au reste il ne se faisait pas d'illusion sur ce qui lui manquait à cet égard. Rendant compte au Père Général de l'état de sa communauté, il traçait lui-même du recteur de Saint-Acheul un portrait nullement flatté : « Son premier devoir, disait-il, serait de donner aux autres l'exemple d'une vie plus parfaite; il devrait, comme le lui recommande l'Institut, porter par l'oraison et les saints désirs tout le poids du collège sur ses épaules; malheureusement, débordé et arraché sans cesse à luimême par la multitude des affaires, il perd de vue la salutaire présence de Dieu et par suite la douceur de la charité. Le pire, c'est qu'il n'y a guère à espérer d'amendement, tant qu'on ne l'éloignera pas et qu'un autre ne sera pas mis en sa place^.

1. Le p. Charles Cahier écrivait un jour avec sa causticité habituelle : « L'éducation que j'ai reçue à Saint-Acheul sous les PP. Loriquet, Sellier et Debussi raîné(après et d'après le vieux P.Nicolas Jennesseaux) donnait à la discipline générale une fermeté presque austère et au service de Dieu un certain air appétissant, quoique sans nulle sucrerie. » (Lettre au P. de Ponlevoy, 26 août 1866.)

2. Unus rector, cujus ofïiciuni proprium est vita* perfectione cœteris prœlucere, « oratione et sanctis desideriis totum collegium sustinere », negotiorum vel mole obrutus, vel multitudine extra se continuo abreptus, salutarem Dei prœsentiam atque adeo suavitatem caritatis sœpius obliviscitur, nullamque fere ab eo emendationem spero donec amoveatur et alius in ejus locum substituatur. » (19 janvier 1825.)

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