‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 296 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

quand il aurait des loisirs. Dix ans plus tard en effet, il écrivait : « Je mets en ce moment la dernière main à un ouvrage qui aura, je crois, pour titre : Histoire de la destruction de la Compagnie de Jésus, mais qui ne sera probablement pas imprimé de sitôt. Si vous voulez le voir, ne vous pressez pas de vieillir. » (26 janvier 1840.) Cette Histoire est en effet restée en manuscrit.

Gomme ouvrages de piété, il donna la traduction française de La Dévotion à Saint Joseph, du Père Patrignani, dévotion bien peu en honneur à l'époque où le livre parut, mais qui allait faire de si grands progrès. Ainsi encore le Mois du Sacré-Cœur, bien certainement le premier en date, mais qui devait être suivi d'un si grand nombre d'autres. Cette intelligence des temps nouveaux et de leurs besoins s'accuse plus encore peut-être dans le Manuel du Catéchiste. On y remarquera un chapitre sur la première communion, remanié à chaque édition, qui était, certes, d'une grande hardiesse pour l'époque. L'auteur ose dire tout d'abord que « pour l'admission, il ne faut pas se montrer trop exigeant ». Et il ajoutera dans la suite : « Quelques-uns ne se trouvent peut-être pas en état de faire la première communion à l'époque fixée; ce ne sera pas une raison de les renvoyer à l'année prochaine, l'épreuve serait trop forte. Aussi, dans les collèges bien réglés, l'usage, conforme aux règles de la sagesse et de la charité, est de faire deux premières communions à quelques mois d'intervalle. « Quant à l'âge, il sera entre dix et douze ans, et « il y a beaucoup plus d'inconvénients à trop différer qu'à trop avancer cette époque importante dans la vie ». Pareil langage, aux alentours de 1820, allait à rencontre des idées universellement reçues. Dans Mes Doutes et Problèmes proposés à tous les âges et à toutes les conditions, le Père Loriquet inaugurait un genre apologétique qui n'a pas tardé à produire l'abondante littérature des Questions et Réponses, des feuilles volantes et des tracts.

Nous signalerons enfin un projet dont il faisait part dans une lettre à son éditeur, M. Rusand : « Au Selectœ e profanis

scriptoribus historise^ je substituerai un Selectse e sacris et profanis... qui n'aura rien de commun avec l'autre. Il est rédigé, il n'y a plus qu'à le mettre au net et à en achever la traduction. h'Epitome de Diis sera remplacé par des morceaux tirés de Sulpice Sévère... « C'était la première idée d'une innovation qui fut reprise plus tard et qui partagea en deux camps les écrivains catholiques On sait combien la lutte fut chaude entre les humanistes intransigeants et ceux qui auraient voulu substituer les Pères de l'Église aux classiques païens. On voit que, cinquante ans plus tôt, le Supérieur de Saint-Acheul, tout dévot qu'il fût à Gicéron et à Virgile, songeait à faire une place à côté d'eu-x aux auteurs chrétiens et surtout à remplacer les tristes exemples des divinités mythologiques par ceux des martyrs et des saints. Pour dire le vrai, il ne réussit pas; on était encore trop asservi à la tradition classique; le nouveau Selectae préparé par le Père Loriquet ne vit pas le jour.

La ruine de Saint-Acheul marqua la fin de la carrière pédagogique du Père Loriquet. Les dix-sept années qu'il vécut encore furent partagées entre la composition de ses livres et le ministère des âmes. « J'y trouve, écrivait-il, pour le moins autant de goût qu'à noircir du papier. » (13 février 1832.) Il songeait depuis longtemps à publier une édition de VHistoire de VEglise^ de Fleury, revue et expurgée des erreurs gallicanes. Le baron Henrion ayant entrepris un travail analogue pour celle de Béraut-Bercastel, le Père Loriquet renonça à son projet et se contenta de donner à son ami une collaboration patiente et obscure.

A deux reprises (1833-1836 et 1841-1843), il fut chargé du oouvernement de la maison de Paris. La seconde fois que cet honneur lui échut, il écrivait au Père Roothaan : « Votre Paternité vient de m'imposer un fardeau auquel je ne m'attendais nullement et dont je me croyais quitte à tout jamais, dans la persuasion où j'étais que, à mon âge, il n'y a plus rien de mieux à faire que de mettre, s'il

se peut, ses comptes en règle et de se préparer au grand voyage. (31 octobre 1841.) Il avait alors 74 ans.

L'année suivante, à l'occasion d'un projet de loi sur la liberté d'enseignement, M. Passy, le célèbre économiste, faisait à la Chambre des Pairs un réquisitoire contre l'enseignement des Congrégations religieuses et tout spécialement de « la plus fameuse d'entre elles », la Compagnie de Jésus, qu'il accusait d'avoir érigé le mensonge en système. D'après lui, les Jésuites auraient sciemment et de parti pris, pour les besoins de la cause qu'ils servaient, falsifié, pendant deux siècles, tous les faits historiques quand ils ne cadraient pas avec leurs idées. Pour preuve il apportait la phrase connue « le marquis de Buonaparte, etc.^ ». Le Père Loriquet avait dédaigné de répondre aux journalistes et aux pamphlétaires ; il crut devoir relever une accusation portée par un personnage considérable dans l'Assemblée des Pairs du royaume. Il écrivit à M. Passy une longue, trop longue lettre, trop vive aussi peut-être, qui reste comme la protestation d'un honnête homme contre une calomnie obstinée qui a lassé sa patience.

« Monsieur, lui dit-il, vous m'avez appris, et àbien d'autres encore, que dans cet ouvrage (mon Histoire de France)^ j'avais donné à Napoléon les titres de Marquis de Buonaparte et de Lieutenant général des années de Louis XVIII. Non content de le dire, vous l'avez soutenu devant la noble Chambre; vous n'avez pas reculé, même en présence de toutes les éditions réunies, lesquelles vous donnaient, pardonnez-moi l'expression, le démenti le plus formel. »

Le Père Loriquet poursuivait sur ce ton, mettant son « dénonciateur » au défi de montrer une édition de VHistoire de France contenant la « sotte phrase », ou de citer une personne qui l'eût rencontrée. Quant aux imputations contre l'Ordre entier, elles faisaient peu d'honneur à la

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