‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 298 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

qui montre à quel point il savait s'imposer à l'attention de son jeune auditoire. Un jour, dans un geste un peu vif, la houppe du bonnet carré qu'il tenait à la main s'échappe, traverse l'espace et va frapper le mur en face de la chaire. Il n'y eut pas un mouvement dans l'assistance composée de sept cents élèves. Ce fut le prédicateur qui, s'apercevant de l'accident, s'arrêta un instant et félicita son auditoire du sérieux qu'il avait su garder.

Comme confesseur, le Père Sellier avait pour clientèle plus de la moitié de la population de Saint-Acheul. Le collège n'offrant pas un champ assez vaste pour l'ardeur de son zèle, il donnait fréquemment la Mission dans les paroisses des diocèses d'i\miens etd'Arras; mais il savait trop l'importance d'une confession dans la vie d'un enfant ou d'un adolescent; aussi, dit son biographe, on le voyait revenir régulièrement le vendredi soir à Saint-Acheul pour confesser son petit monde; il repartait ensuite pour passer la nuit du samedi à entendre les confessions des paysans et prêcher deux ou trois fois dans la journée du dimanche. Sauf l'impitoyable troisième an qui le retint à Montrouge de janvier 1825 à février 1826, le Père Sellier fut le directeur de conscience des maîtres et des élèves à Saint-Acheul du premier jusqu'au dernier jour du Petit- Séminaire. Par sa nature même l'action qu'il y exerça échappe à notre appréciation; nous savons seulement que ce fut celle d'un saint. A part la courte interruption de 1825 et une autre de six années (1830-1836), sa vie religieuse tout entière s'écoula dans cette maison de Saint- Acheul, où il mourut à l'âge de 82 ans, entouré de la vénération universelle (14 mars 1854). Un des ecclésiastiques les plus distingués du diocèse d'Arras, écrivait en apprenant la mort du Père Sellier : « Il semblait que l'âme de saint François Xavier eût passé dans son corps. Nous apprendrons sans surprise que des merveilles s'opèrent à son tombeau. » Cette espérance ne fut point trompée ^ .

I. Voir la Vie du P. Louis Se/Zier, p. Siô.Paris.Poussielgue-Rusand, i858.

Achille Guidée était un de ces disciples du Père Sellier au collège de Montdidier qui rejoignirent leur maître à Saint-Acheul dès l'ouverture du Petit-Séminaire. Admis au noviciat, il fut d'abord professeur d'une classe de grammaire pendant les quatre premières années ; puis en 1818, le Père Simpson, en réorganisant la maison conformément au Ratio Stiidioram, le nomma préfet général des classes. C'était une grosse charge pour un jeune homme de vingt-six ans, prêtre depuis un an à peine. C'est sur lui que pesait la responsabilité de la discipline dans un établissement qui comptait déjà cinq cents élèves pensionnaires. Le Père Guidée ne se trouva point inférieur à sa tâche. Sa préfecture dura six ans.

« Nul autre, dit le respectable auteur de sa biographie ne resta aussi longtemps à ce poste difficile et n'y fut jugé aussi bien à sa place. Nul n'y rendit des services plus signalés et n'y devint plus populaire. Depuis, il est resté dans la mémoire et le cœur des anciens élèves comme le type et la personnification du préfet des classes ^ »

Le Père Guidée était de ceux dont l'Ecriture dit que la maturité de l'esprit leur tient lieu de cheveux blancs^. Par tempérament autant que par sa formation religieuse, il estimait que la condition première de toute action éducatrice est « de se faire respecter d'abord, et au besoin redouter ». Toute autre voie, si spécieuse qu'elle parût, il la déclarait déraisonnable et fatale. Ce principe qu'il inculquait aux autres fut constamment la règle de sa propre conduite. « 11 se fit craindre; il ne s'en défendait pas et il s'intitulait volontiers le terrible préfet de Saint-Acheul. Sa haute taille, ses grands yeux noirs ombragés d'épais sourcils, son regard vif et parfois foudroyant, son visage austère et sa parole accentuée, nette, vibrante, tout en lui commandait le respect et la crainte. Sa présence, moins que cela quelquefois, un indice de cette présence, un

1. Vie du /?. P. Achille Guidée, par le P. Grandidier. P. 72. Paris, Sarlit, 1867.

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