CHAPITRE JX
soupçon qu'il n'était pas éloigné, sa barrette aperçue de la salle d'étude, suffisait pour maintenir la discipline'. » D'ailleurs, sous cet aspect intimidant, battait un cœur de père et d'apôtre. L'expression de ses sentiments lui échappait en certaines circonstances, et on en était d'autant plus touché que le Père préfet ne passait pas pour un sentimental. « Je n'ignore pas, disait-il un jour aux élèves réunis à l'église, que j'ai une figure sévère, dure même et que je fais quelquefois de la peine sans le vouloir. Cependant Dieu, qui est ici présent et que je prends à témoin, sait combien je vous aime; il n'est aucun d'entre vous pour lequel je ne sois prêt à verser tout mon sang. Croyez donc que si je vous fais parfois de la peine, c'est uniquement en vue de vous faire du bien. »
C'est grâce à ce mélange de fermeté et de tendresse que le « terrible préfet de Saint-Acheul » devint populaire parmi cette jeunesse qui l'aimait tout en le craignant; beaucoup, même parmi les plus turbulents, ceux-là mêmes qui avaient le plus éprouvé les rigueurs de sa justice, lui gardèrent longtemps après leur sortie du collège une estime affectueuse et confiante.
Comme Achille Guidée, les deux frères Louis et Maxime de Bussy, formés aux vertus religieuses par le Père Sellier au collège de Montdidier, s'empressèrent de le rejoindre à Saint-Acheul. Moins brillamment doué que son aîné, le Père Maxime a conquis une notoriété plus grande dans une longue carrière vouée principalement aux retraites sacerdotales. Nous le retrouverons au cours de cette Histoire.
Egalement riche de talent et de vertu, le Père Louis était un sujet d'élite que la mort enleva à la fleur de l'âge. Il avait à peine trente-trois ans (9 février 1822). Dès la seconde année de Saint-Acheul, il succéda au Père Loriquet dans la chaire de Rhétorique. Il sut inspirer à ses élèves le goût de l'étude et l'ardeur du travail ; ce fut lui