‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 301 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Un autre nom qui a droit à être mentionné ici est celui d'un jeune scolastique mort avant d'arriver au sacerdoce. L'annaliste de Saint-Acheul s'arrête avec une admiration émue devant cette figure de prédestiné.

Charles François Hallu appartenait, lui aussi, à la petite phalange venue de Montdidier. Professeur de classes de grammaire pendant les sept premières années de Saint- Acheul, il y parut comme autrefois le jeune François Régis au collège de Toulouse. On l'appelait le Saint; sa vue seule suffisait à maintenir dans l'ordre un petit peuple espiègle; les plus turbulents devenaient silencieux et attentifs : « Gomment, disaient-ils, pourrions-nous faire de la peine à notre Saint? » Chose à peine croyable pour qui a quelque expérience professionnelle, le jeune maître ne pouvant plus, à cause de la faiblesse de sa poitrine, se faire entendre de ses quarante ou cinquante écoliers, il prenait l'un d'eux à ses côtés et lui parlait à l'oreille; l'enfant répétait la leçon à voix haute ; la classe ne souffrait point de cette méthode; l'infirmité du professeur ne faisait que redoubler l'application des élèves. « Le préfet des études, dit encore l'annaliste, a plus d'une fois attesté que, lorsqu'il voulait se donner le plaisir de voir une classe bien tenue et bien faite, « c'était celle du F. Hallu qu'il allait visiter. » Il fallut pourtant le décharger d'un fardeau au-dessus de ses forces; sans quitter Saint- x\cheul, il passa au cours de théologie qui s'y faisait alors. Il mourut avant de l'avoir achevé, laissant derrière lui un parfum de sainteté qui rappelait les Louis de Gonzague et les Berchmans. (7 septembre 1825.)

Voici encore les noms de quelques-uns des Jésuites de la Province de France qui étaient de service dans les huit Petits-Séminaires lorsque les Ordonnances de 1828 vinrent les en chasser. Nous les choisissons parmi ceux qui ont conquis dans la suite, nous ne dirons pas la gloire, mais du moins quelque réputation. Louis Maillard professait la philosophie à Saint-Acheul; Joseph Barrelle, préfet des classes à Billom, préludait au rôle qu'il allait bientôt

remplir avec un éclat extraordinaire au pensionnat de Fribourg. Déjà, au cours de l'année, on avait dû l'arracher momentanément à des fonctions où il succombait sous le poids même de ses succès : « Il faudrait être un ange, disait le Père Druilhet, pour résister à un pareil entraînement. » Etienne Déplace occupait la même charge à Bordeaux, et Pierre Chaignon, le futur apôtre du clergé, à Montmorillon; Benoit Plancliet y enseignait les humanités; Nicolas Deschamps faisait la même classe à Aix; Frédéric Studer à Dôle, et Yves Bazin à Sainte-Anne d'Auray. Philippe de Villefort professait les mathématiques à Saint- Acheul et Arsène Cahour à Sainte-Anne. La chaire de Rhétorique était occupée à Billom par Léonard Loumeau et à Bordeaux, par Louis Marquet. Adolphe Pillon faisait la quatrième à Dôle, Alexis Lefebvre la cinquième à Aix, et Charles Cahier la même classe à Saint-Acheul. A Saint- Acheul encore nous trouvons Pierre Labonde, Ferdinand Jeantier, Louis Lambillotte, etc.

Au commencement de septembre 1828, il n'y avait donc plus un seul Jésuite à faire une classe dans le royaume de France; la vigilance des libéraux, l'habileté diplomatique et la fermeté du gouvernement avaient conjuré un grand péril. La campagne n'avait pas duré moins de quatre ans, mais une telle victoire ne pouvait être achetée au prix de trop longs et trop constants efforts. A la distance où nous sommes de ces événements, les gens qui n'ont pas l'esprit hanté par des fantômes ont peine à comprendre qu'on se soit tant agité, qu'on ait fait tant de bruit pour si peu de chose. Mais, à y regarder de près, il est aisé de constater que toute cette agitation était factice, que tout ce tumulte était le fait d'un nombre très restreint d'individus qui criaient trèsfort et donnaient l'illusion d'entendre la nation elle-même clamant sa terreur et sa colère.

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