‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 302 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Ce n'est pas d'aujourd'hui que ceux qui mènent les affaires publiques imposent leurs idées, leurs desseins, leurs passions en les appelant volonté nationale, courant irrésistible de l'opinion. Dans ses négociations avec la Curie romaine pour obtenir le silence du Pape sur les Ordonnances, le gouvernement ne craignit pas d'invoquer, entre autres arguments, le sentiment du pays, « l'immense majorité delà nation », qui se prononçait très énergiquement contre le rétablissement des Jésuites, et réclamait l'exécution des lois portées contre eux. La vérité, est-il besoin de le dire, c'est que l'immense majorité de la nation était parfaitement indifférente à la question des Jésuites, qu'elle ne les connaissait point, qu'elle ne savait même pas s'ils existaient. Chose bien remarquable, l'aveu de Mgr Frayssinous dans la séance du 26 mai fut une véritable révélation, même pour le monde de la politique où l'on devait pourtant être renseigné. Jusque-là, on pouvait croire, sur la foi du Constitutionnel^ à des êtres fantastiques, moitié sorciers, moitié démons, habitant Montrouge ou Saint-Acheul, mais on ne savait pas, de science certaine, qu'il y eût en France des Jésuites authentiques, religieux de la Compagnie de Jésus supprimés par arrêts des Parlements, et que ces Jésuites dirigeaient huit Petits- Séminaires. Quant à ceux qui protestaient bruyamment contre le retour des Jésuites et réclamaient contre eux l'application des lois existantes, c'était une infime minorité, composée principalement de légistes et d'écrivains, journalistes ou pamphlétaires pour la plupart, et renforcée de la bourgeoisie voltairienne. Cette fraction était, il est vrai, qualifiée « d'élite de la nation » dans les instructions émanées du Ministère. Mais il y avait une autre fraction du pays comprenant à peu prés tout ce qui était sincèrement dévoué à la monarchie et à la religion; celle-là aussi formait une élite, et elle peuplait de ses enfants les établissements des Jésuites, qu'elle trouvait trop peu nombreux.

L'immense majorité des évêques — et les évêques aussi sans doute appartiennent à l'élite — insistaient pour les

avoir dans leurs diocèses^ Les Jésuites de la Province de France avaient accepté la direction de huit Petits-Séminaires; mais une statistique conservée dans leurs papiers de famille nous apprend que, durant le premier quart de siècle écoulé depuis leur étahVissement, 126 juaisons cT éducation leur avai ent été offertes, savoir : 87 Petits-Séminaires, 9 Grands Séminaires et 30 collèges municipaux. A quoi il faut ajouter 55 résidences^. Après cela soutenir que le pays les repou ssait semblera quelque peu paradoxal.

1 . Leurs instances étaient telles parfois que le Provincial avait toutes les peines du monde à faire agréer ses excuses. Au moment de sortir de charge, le P. Godinot se voyait ainsi aux prises avec le cardinal de Clermont-Tonnerre qui réclamait depuis longtemps des Jésuites à Toulouse: « Le cardinal, écrivait-il, en répondant à la lettre de refus, sans avoir l'air de se plaindre d'après les raisons qu'on lui donnait, y a mêlé un mot piquant, et insinuait que, malgré son dévouement à la Compagnie, on paraissait déterminé à ne lui rien accorder, malgré ses demandes anciennes et constamment réitérées. M. Berger, son vicairegénéral, m'en écrivit une dans le même temps beaucoup plus sèche et plus piquante. « (Au R. P. Général, 24 novembre 1829.)

2. Syllabus sedium oblatarum intra Galliam i8i4-i838. {I.itterx anniise i837-i838, p. l'ja.)

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