XL INTRODUCTION
La Compagnie de Jésus a toujours considéré les Missions en pays infidèles comme une fonction propre de son Institut. Nous n'avons pas à rappeler ici quelles traces elle a laissées dans les fastes de l'apostolat pendant les siècles qui précédèrent sa chute. Celui qui s'achève a vu un merveilleux renouveau du prosélytisme religieux ; les sectes protestantes elles-mêmes se sont mises en frais pour convertir les nations à l'Évangile et, quant à l'Eglise catholique, il n'est aucufte plage du monde où elle n'ait envoyé quelques bataillons d'apôtres. Quelle a été la part des Jésuites français dans ce grand effort de conquête pacifique ?
La petite Province de France en était encore à ses débuts, quand elle commença à donner des missionnaires aux pauvres églises d'Amérique. Plusieurs partirent avant 1830; pendant plus de cinquante ans, on ne cessa de leur envoyer du renfort. Toutefois ces Missions, fondées par les Jésuites français aux Etats-Unis et au Canada, se sont développées assez pour être érigées en Provinces autonomes. On a dit et écrit que l'Ordre de saint Ignace ne prospérait qu'en terre d'ancien régime et moyennant la faveur des souverains plus ou moins absolus. Or, nous constatons que nulle part, à l'heure actuelle, il n'est plus vivant et florissant que dans l'Amérique du Nord, sous le seul abri des institutions libres et du droit commun.
En 1831, le Père Planchet abordait au Liban et inaugurait la Mission de Syrie, bientôt arrosée de son sang; elle s'agrandit par la suite de l'Egypte et de l'Arménie. Mais ce fut surtout vers 1840 que les Jésuites français, à l'appel de leurs supérieurs, commencèrent à s'élancer nombreux sur les grands chemins de l'apostolat. De cette époque datent les nouvelles Missions du Maduré, de Madagascar, du Kiang-Nan et du Tché-ly. Depuis lors l'entraînement ne s'est jamais ralenti; jamais les candidats n'ont manqué pour remplir les vides parfois effroyables que la