‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 32 sur 358 · INTRODUCTION XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLI

mort faisait dans les rangs des missionnaires ; leurs œuvres ont été élargies dans des proportions inespérées; et aujourd'hui encore, en dépit de toutes les entraves et de toutes les détresses, c'est, comme on l'a vu plus haut, plus du quart de leur personnel que les Provinces françaises de la Compagnie de Jésus affectent au service des neuf grandes Missions dont elles ont la charge, en Orient, dans l'Océan Indien et en Chine. 11 n'a pas tenu à elles qu'elles n'en aient davantage. Ainsi, après avoir été parmi les ouvriers de la première heure dans l'évangélisation de l'Algérie, les Jésuites avaient entrepris auprès des Kabyles une Mission qui donnait de belles espérances; ils durent l'abandonner après les Décrets de 1880. Ainsi encore le gouvernement de la République les obligea-t-il à renoncer à celle du bagne de Cayenne à laquelle ils se dévouaient depuis vingt-deux ans.

L'Histoire de ces Missions a fait ou doit faire l'objet de publications spéciales, ce qui ne nous dispensera pas de leur donner place dans cet ouvrage. L'Histoire de la Compagnie de Jésus en France serait par trop incomplète si l'on passait sous silence son expansion au dehors.

Je n'ignore pas quelles critiques ont été soulevées en ces derniers temp^ contre les résultats et surtout contre les méthodes de cet apostolat auprès des nations infidèles. Ces critiques atteignaient en réalité les missionnaires de toute robe et de toute dénomination ; car les méthodes ne diffèrent pas sensiblement des uns aux autres. Les Jésuites seuls, ou peu s'en faut, ont été pris à partie; avec quelle véhémence il est inutile de le rappeler. C'est beaucoup d'honneur qu'on leur a fait; ils auraient préféré plus de justice et de charité. Quoi qu'il en soit, si de cette querelle se dégage quelque avertissement utile, jugé tel par Tautorité compétente, on peut être certain que les missionnaires de la Compagnie de Jésus se feront un devoir d'en tenir compte.

XLir INTRODUCTION

Résumons et concluons.

La Compagnie de Jésus a été rappelée à la vie, il y a cent ans, par la volonté du Chef de l'Église. Elle a aussitôt repris pied en France, où d'ailleurs elle avait eu son berceau. Pendant toute la durée de ce siècle la France moderne a vu à l'œuvre les fils d'Ignace de Loyola ; elle a pu se convaincre qu'ils ne ressemblaient guère aux Jésuites de la légende, êtres fantastiques et malfaisants, capables de toutes les scélératesses. Elle a vu des prêtres comme les autres, vivant ensemble sous une règle passablement austère.

Qu'ont-ils fait ces religieux? A quoi ont-ils employé leur temps, leurs forces, leur activité?

Ils ont rempli les fonctions du ministère sacerdotal, ils ont prêché, fait le catéchisme, entendu les confessions, dirigé les âmes. Beaucoup ont été par leurs soins éclairées, affermies ou consolées. Ils ont écrit beaucoup d'ouvrages de piété, de théologie, parfois aussi de littérature, d'histoire, de science, mais toujours en vue du service ou de la défense de la religion; Ils ont donné dans leurs collèges l'éducation à quelques milliers d'élèves dont ils ont fait, sauf de rares exceptions, de bons chrétiens et de bons Français. Beaucoup de ces jeunes gens, peu après leur sortie du collège, se firent tuer sur les champs de bataille. Ils n'avaient jamais entendu parler chez les Jésuites d'antipatriotisme, non plus qu'ils n'avaient appris d'eux à pratiquer la délation entre camarades d'épaulette.

Quoi encore? Les Jésuites sont allés en grand nombre porter l'Evangile et faire rayonner le nom de la France dans toutes les parties du monde.

Voilà l'œuvre de ces hommes. Ils se sont faits Jésuites pour travailler de toute leur âme au salut du prochain en même temps qu'à leur propre salut. Quelle autre ambition

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