‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 311 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

possession, avec trois Pères et deux frères coadjuteurs, de la nouvelle résidence. Us s'y installèrent en compagnie de la plus parfaite pauvreté. Les annales de la maison rapportent à ce sujet quelques détails touchants. Tout manquait, y compris les objets de première nécessité et l'argent pour se les procurer. On se fabriqua des lits avec ce que l'on trouva sous la main ; on allait faire sa toilette à la fontaine du jardin ; le Père Supérieur rapportait précieusement du Séminaire une plume à écrire. Du reste la charité publique s'empressait de pourvoir aux besoins les plus urgents. Le chanoine de la Font, confesseur de la foi pendant la Révolution, avait fait vœu sur les pontons de l'ile de Ré, d'employer ce qu'il pourrait avoir de ressources à secourir les prêtres dans la misère. Il fut la providence des premiers Pères de Vais, De leur côté les communautés religieuses, les couvents de la Visitation et de Sainte-Glaire spécialement, leur envoyaient du linge, des vêtements, des provisions ; les habitants du village, pauvres eux-mêmes pour la plupart, apportaient leurs offrandes qui parfois rappelaient à la lettre celle de la veuve de l'évangile. Telle une bonne femme remettait au Père Supérieur trois sous respectueusement enveloppés d'un papier.

Malgré tout la petite résidence à ses débuts connut la bénédiction du dénuement apostolique aggravé des riarueurs du climat. Vais est entre 600 et 700 mètres d'altitude. Le Père Ghauchon ne tarda pas à en être victime ; il fut emporté à l'entrée de l'hiver, dans la force de l'âge; il n'avait pas encore 37 ans accomplis. (12 janvier 1829.) En témoignage de leur vénération les habitants de Vais portèrent processionnellement son corps devant toutes les maisons du village avant de le conduire au cimetière.

Le Père Philibert Guillermet qu'on lui donna pour successeur entreprit sans plus tarder la construction d'une église, église bien modeste assurément ; mais dans les conditions où l'on se trouvait, l'entreprise pouvait paraître téméraire. Il ne fallut guère moins de quatre ans pour

la mener à bien. L'église, à peu près achevée en 1833, fut bénie par Mgr de Bonald le jour de la fête du Sacré-CGeur.

Au reste, si les difficultés matérielles et les privations de toute sorte rendirent pénibles les débuts de la maison de Vais, ils étaient par ailleurs singulièrement encourageants. Comme le disait l'évêque du Puy, le souvenir de saint François Régis étaitvivant parmi les populations du Velay, et elles appelaient de leurs vœux les religieux de la Compagnie qui leur avait donné celui qu'elles nommaient le Saint Père. Dès leur arrivée à Vais les Jésuites se virent impuissants à répondre à l'empressement du clergé et des fidèles qui réclamaient leur ministère. « Nous ne sommes que quatre ouvriers valides, écrivait le Père Guillermet, le 2 décembre 1829; si nous étions soixante, il y aurait de l'ouvrage pour tous. » Un peu plus nombreux en 1831 ^ ils accusaient un total de 48.000 confessions. L'année précédente, à la veille de la Révolution de juillet, le collège royal du Puy lui-même avait demandé un Jésuite pour la retraite pascale. « Quatre cents élèves, écrivait encore le Père Guillermet, ont suivi les exercices avec beaucoup de recueillement ; presque tous ont communié le jour de la clôture et se sont rendus en procession à la cathédrale pour faire leur consécration à la Sainte Vierge ^ »

Toutefois les Jésuites de Vais s'adonnaient de préférence aux Missions de campagne. C'est l'héritage que leur avait légué saint François Régis. Leur nombre s'étant accru, il y eut dès la fin de 1832 six à sept prêtres de la communauté occupés la plupart du temps à ce rude et fécond ministère. On verra par le trait suivant comment, après deux siècles écoulés, la vénération des peuples pour l'apôtre du Velay s'attachait encore à ses successeurs.

Au mois dejanvier 1833, pendant que les Pères donnaient la Mission à Firminy, l'un d'eux le Père Bernard Pruvost fut emporté en quelques jours par la pleurésie pour s'être attardé au confessionnal en descendant de chaire. Il n'avait

I, Le P. Guillermet au P. Général, i5 juillet i83o.

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