‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 312 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

que 31 ans. Frappés par ces circonstances qui leur rappelaient la mort de saint François Régis, les habitants témoignèrent le désir d'enterrer le jeune religieux dans l'église. L'autorité supérieure et les missionnaires eux-mêmes crurent devoir s'y opposer et l'inhumation se fit au cimetière. Les gens de Firminy ne se tinrent pas pour battus; le cercueil fut déterré et rapporté à l'église. La piété populaire menaçait de déchaîner un conflit. Le sous-préfet de Saint-Etienne prévenu vint en personne calmer les esprits et faire exécuter les règlements de police. Le mort fut réintégré au cimetière, et sous prétexte de prévenir le désordre, la Mission fut suspendue; les missionnaires obtinrent à grand'peine un délai de quelques jours pour entendre les confessions; après quoi, comme il arriva souvent en pareil cas, pour éviter toute manifestation, ils s'éloignèrent pendant la nuit.

C'est à partir de cette même année 1833 que s'ouvre pour la maison de Vais une période nouvelle et de plus larges destinées. Nous aurons à y revenir.

En même temps que Mgr de Bonald rétablissait la Compagnie de Jésus dans le diocèse du Puy, Mgr de Simony la rappelait dans celui de Soissons, d'où elle s'était retirée sous son prédécesseur dans les circonstances rapportées plus haut. Le célèbre sanctuaire de Notre-Dame de Liesse, à quatre lieues de Laon, avait été depuis les Croisades jusqu'à la Révolution un des pèlerinages les plus fréquentés de France. Mais il ne recevait plus maintenant que de rares visiteurs ; la contrée était d'ailleurs envahie plus que d'autres par l'indifférence religieuse. L'évêque pensa que, en faisant desservir le pèlerinage par une communauté de prêtres missionnaires, on verrait peut-être refleurir les beaux jours d'antan. Le Père Godinot entra dans ses vues, et au mois d'octobre 1828, la résidence de Notre-Dame de Liesse se trouva constituée. Le Père Dutems en fut le premier Supérieur. 11 semble bien que la présence et les travaux des Jésuites produisirent tout d'abord dans la région un renouveau de vie chrétienne et même de piété.

Dès le carême de 1829, huit Pères du troisième an vinrent prêter main-forte aux ouvriers de la résidence qui ne suffisaient point à la tâche, soit pour le service du pèlerinage, soit pour les Missions dans les paroisses environnantes.

L'année suivante, malgré les troubles politiques, on enregistrait dans Téglise de Notre-Dame près de 2.500 messes et plus de 10.000 communions. Là pourtant, commeailleurs, la communauté dut se disperser, et le zélé supérieur écrivait que la persécution qui iait couler le sang lui paraissait moins funeste que celle qui obligeait chacun à reprendre son indépendance. Mais bientôt le choléra vint aider les ouvriers apostoliques à réchauffer la ferveur en eux-mêmes et dans les autres. Les victimes sont nombreuses, écrivait encore le Père Dutems; « mais la Sainte Vierge fait des merveilles; des cholériques ont été subitement guéris par l'invocation de Notre-Dame de Liesse ». (15 septembre 1832.)

Cependant, les mêmes raisons d'administration générale qui firent supprimer en 1833 la petite résidence de Paray-le-Monial menaçaient également celle de Liesse. A la première ouverture que lui en fit le Père Renault alors Provincial de France, l'évêque de Soissons témoigna le plus extrême déplaisir, et c'est au Père Général qu'il adressa une réclamation qui est tout à l'honneur de ceux qui en sont l'objet.

« Depuis six années, disait-il, l'état de choses n'a fait que s'améliorer. Nos Pères remplis d'un zèle apostolique se sont répandus non seulement dans les diverses paroisses de mon diocèse, et selon que leur zèle le leur inspirait et que le permettaient les obligations de l'Institut, ont évangélisé malgré le malheur des temps dans une grande liberté et avec fruit. Le pèlerinage s'est sensiblement accru et l'afTluence a été telle en particulier dans l'année qui vient de s'écouler que l'église et même le bourg n'ont réellement pas sufii au concours. De grands biens résultent de la présence de nos Pères. Les instructions qu'ils font, les confessions qu'ils entendent et la confiance qu'ils

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