CHAPITRE X
inspirent éclairent la foi des peuples, redressent les abus, rendent les conversions fréquentes et enfin font tomber des préjugés dont l'esprit de mensonge a malheureusement imbu un peuple trop crédule contre une Société dont la charité et l'esprit de sacrifice perpétuent les exemples de Celui dont elle porte le nom^ »
Néanmoins l'heureux succès des premières années paraît être allé en déclinant. Sur la fin de 1831, le Père Druilhet, Provincial de France, s'exprimait ainsi sur la maison de Liesse : «Ils'y fait un bien immense... Sept ou huit ouvriers, si l'on pouvait les y loger et nourrir y seraient grandement et bien utilement occupés. » (4 décembre.) Son successeur au contraire, le Père Renault constatait que, hormis la saison où affluaient les pèlerins, le village de Liesse ne pouvait guère offrir d'aliment à l'activité des missionnaires; d'autre part le clergé soissonnais ne faisait que rarement appel à leur concours. C'est pourquoi il fut convenu avec Tévêque que la Compagnie de Jésus n'y aurait plus de résidence fixe, mais que la maison de Saint-Acheul y enverrait quelques Pères pour le service du pèlerinage, de l'Ascension jusqu'à la Toussaint ; ils y seraient simplement les hôtes du curé et ses auxiliaires. Quelques années plus tard, les libéralités de certains bienfaiteurs, spécialement de l'abbé Billaudet et de M. Fressencourt, permirent aux Jésuites de donner à leurs œuvres de Liesse plus d'ampleur et de stabilité. En 1842 on construisit une vaste maison, avec une chapelle intérieure pour l'usage des retraites fermées. Dès lors on y donna fréquemment et presque sans interruption, à certaines époques de l'année, les Exercices spirituels de saint Ignace à des groupes plus ou moins nombreux, comptant parfois jusqu'à trente retraitants.
I. Mgr Jules-François de Simony, évêque de Soissons au T. R. P, Rootliaan, j4 octobre i833.
Lorsqu'un pays repousse les Jésuites, un autre les appelle. C'est là comme une loi providentielle de l'histoire de la Compagnie de Jésus, loi qui ne subit pas d'exception, même lorsque tous les Etats catholiques se coalisèrent pour la supprimer. C'est ainsi qu'au lendemain des Ordonnances qui les excluaient de toute fonction d'enseignement, les Jésuites français se virent pressés d'aller restaurer l'éducation en Portugal.
Aucun royaume n'avait l'ait meilleur accueil à l'Ordre de saint Ignace à sa naissance; nulle part il n'avait eu une existence plus prospère et plus féconde que sous la couronne portugaise, alors que ses possessions s'étendaient sur une moitié du monde; mais nulle part aussi il n'avait été traqué au siècle précédent avec une haine plus violente et plus tenace. L'esprit de Pombal lui survivait ; on s'ingéniait à entretenir l'opinion publique dans une sorte d'exaspération contre les Jésuites; on proscrivait, on brûlait publiquement, comme infectés d'un poison pestilentiel, les ouvrages scientifiques ou religieux sortis de leur plume. Par ordre du gouvernement, une prétendue histoire chronologique de leurs crimes devait être lue pendant le repas dans toutes les communautés religieuses'. On sait que le Roi Jean VI avait, seul de tous les chefs d'Etat, protesté contre la Bulle de Pie Vil. Aussi rien ne paraissait moins probable que le retour des Jésuites au Portugal. Le premier de ceux qui y pénétrèrent écrivait peu après son arrivée : « Je n'ai pas besoin de vous rappeler combien peu il y avait d'espoir de voir jamais la Compagnie rentrer dans ce pays. On ne peut rien ajouter à l'ignominie dont elle y a été couverte ; bûchers, prisons, exil, proscription en masse, rien ne lui a manqué.
!.. Cf. Vie du P. Joseph Barrelle, par le P. Léon de Chazournes. Paris, 1868.