‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 314 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Depuis soixante-dix ans, il avait été défendu de rien dire ni écrire en sa faveur; il est impossible d'imaginer ce qui s'était dit et écrit contre elle \ »

Cependant Don Miguel, second fils de Jean VI, venait d'être appelé au trône par le vote des Gortès (février 1828). Le tort de ce jeune prince fut peut-être d'avoir trop de vertu et de ne pas tenir assez compte des passions humaines dans le gouvernement d'un pays travaillé par l'esprit révolutionnaire. Ni le temps, ni le lieu ne comportaient un idéal aussi parfait.

Une des premières préoccupations de Don Miguel fut de restaurer l'éducation publique tombée dans un état lamentable. Songea-t-il de lui-même à rappeler les Jésuites, ou la pensée lui en fut-elle suggérée par son ministre, le duc de Gadaval, c'est une question accessoire, qu'on peut sans inconvénient laisser dans l'ombre. Toujours est-il que dès le début de 1829, la demande de la Cour de Portugal avait été agréée par le Général de la Compagnie, et c'étaient les Jésuites français qui allaient répondre aux bienveillantes intentions de Sa Majesté.

Au mois de mars, le Père Delvaux, dernier Supérieur du Petit-Séminaire d'Aix, se mit en route avec les PP. Alexandre Mallet et Joseph Barrelle, Ils gagnèrent •d'abord Madrid, où ils furent rejoints par les PP. Bucacinski, Pouty et Rousseau et deux frères coadjuteurs. Là ils durent attendre plus de trois mois que l'entrée du Portugal leur fût ouverte ; la volonté royale se heurtait à des résistances difficiles à vaincre; elles ne venaient pas seulement des sectaires de l'intérieur ; les cabinets étrangers eux-mêmes firent des représentations; les sympathies du nouveau Pioi pour les Jésuites faillirent

I. Le P. Delvaux à son oncle M. Bellefroid, 28 mars i83o. Documents historiques sur la Compagnie de Jésus publiés par le P. Auguste Cavayon. Tome XIX, p. 242, Ce volume est rempli en entier par les lettres écrites de 1829 à i834 par les Jésuites français en mission au Portugal. Le tome IX contient une histoire abrégée de la mission d'après cette correspondance.

compromettre sa couronne. « On hésitait, écrit le Père Delvaux, à reconnaître pour souverain légitime un prince qui débutait par faire rétrograder de soixante-dix ans la civilisation de son royaume. Peu s'en fallut que notre petite mission ne fût aussi une affaire européenne et ne ressortît du droit international'. » Enfin le Décret royal du rappel des Jésuites parut le 10 juillet. Le motif mis en avant était le besoin urgent de l'éducation.

Le 13 août 1829 le petit groupe des enfants de saint Ignace arrivait à Lisbonne; il y avait juste soixante-dix ans que la Compagnie de Jésus avait été violemment expulsée de Portugal ; le dernier des anciens Jésuites portugais venait de mourir trois mois auparavant.

Les nouveaux venus trouvèrent auprès du roi et de plusieurs familles de la haute nol)lesse l'accueil le plus encourageant. Le marquis de Pombal lui-même fut des premiers à les assurer de son respect et de son affection. Sa sœur, la comtesse d'Oliveira fit plus encore. A peine informée de l'arrivée des Jésuites, elle voulut leur être présentée, se mita genoux devant eux pour recevoir leur bénédiction, comme gage du pardon de la Compagnie pour sa famille, et offrit ses quatre enfants comme élèves du premier collège que les Jésuites ouvriraient en Portugal. Ils s'attendaient à rencontrer plutôt de l'hostilité dans le clergé, imbu comme les autres classes instruites, des préventions puisées dans l'enseignement public. Cependant le patriarche de Lisbonne, Patrice I*"", se montra dès l'abord plein de bienveillance pour les missionnaires et leur donna par une patente élogieuse les plus amples pouvoirs pour exercer leur ministère.

Forts de cet appui, ils se mirent sans plustarder, sachant à peine la langue, à faire le catéchisme aux enfants et à prêcher au peuple des faubourgs ; la haine du Jésuite ne sévissait pas parmi les petites gens comme dans les milieux lettrés ; on y revoyait avec bonheur ceux que la voix popu-

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