‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 315 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

laire avait honorés jadis du nom à' apôtres. Quelques mois après leur arrivée les Jésuites français ne pouvaient suffire à l'empressement des multitudes avides de les entendre. Le carême venu, le nonce lui-même, cardinal Giustiniani, ne craignit pas de les appeler pour donner une Mission en règle, au cœur de Lisbonne, dans l'église des Italiens, dite du Loureto, qui était sous sa juridiction. L'entreprise paraissait quelque peu téméraire; les religieux se défendirent d'abord d'accepter une tâche qu'ils ne croyaient pas pouvoir remplir avec honneur. Le nonce répondit à toutes les objections par la parole évangélique : Hommes de peu de foi, pourquoi avez-vous peur? — kn surplus, le succès justifia sa confiance. L'ouverture de la Mission fut un événement :

« Le 7 mars (1830), raconte le Père Delvaux, second dimanche de Carême, le roi vint au Loureto avec les deux infantes, ce qui fait toute la Cour actuelle. Nous le reçûmes à la porte, à la suite du nonce, qui lui présenta l'eau bénite... Le patriarche avait voulu lui aussi, dans cette occasion, nous donner une marque d'intérêt... 11 s'était gracieusement invité lui-même, et dans une visite faite exprès, il avait demandé au nonce de lui faire préparer une tribune... Jugez de l'auditoire par ces personnages... Tous, amis et ennemis, s'accordaient à voir dans cette démonstration un décret implicite de rétablissement et mieux encore qu'un simple décret. Il est vrai que depuis soixante et dix ans le Portugal n'avait rien vu de semblable... »

La Mission se prolongea pendant cinq semaines, sans que l'aftluence se ralentit un moment, et elle se clôtura le lundi dQ Pâques par une solennité plus émouvante encore que la première. Quatre missionnaires s'étaient employés sans relâche aux différents exercices de cette laborieuse campagne, mais le succès était dû pour la meilleure part au Père Joseph Barrelle, un des plus saints religieux qu'ait eus la Compagnie de Jésus en France depuis son rétablissement. Cet homme apostolique accomplit

alors une œuvre qui tient du prodige et qui ne s'explique guère sans une assistance surnaturelle. Après six mois passés en Portugal, il put monter en chaire pendant plus de trente jours de suite et prêcher dans une langue nouvelle pour lui, sans lasser un auditoire de grande ville, où la société la plus cultivée comptait des représentants et où ne manquaient ni les curieux ni les malveillants.

Sur la fin de cette même année (1830), les missionnaires qui jusque-là n'avaient pas eu de domicile fixe, furent mis en possession de la maison de Saint-Antoine le Vieux, qui avait été le premier collège des Jésuites à Lisbonne. Ce n'était plus guère qu'une masure bien délabrée et à peine habitable, mais ils y retrouvaient les traces de Simon Rodriguez, de saint François de Borgia, de saint François Xavier. La nouvelle Compagnie allait donc reprendre vie dans le berceau de l'ancienne ; on ne pouvait souhaiter plus favorable augure pour son avenir. La pauvre église du Colleginho devint immédiatement un foyer de vie chrétienne intense ; la Mission du Loureto s'y renouvela pendant le Carême de 1831, et cette fois encore le roi, à plusieurs reprises, voulut assister aux prédications, saisissant d'ailleurs toutes les occasions de donner aux Pères des témoignages non équivoques de sa satisfaction et de son dévouement.

Enfin, au début de l'année suivante, Don Miguel crut pouvoir mettre à exécution le grand dessein qu'il avait en vue en rappelant les Jésuites. Une Ordonnance royale du 9 janvier 1832 leur rendait ce Collège des Arts, de Coïmbre, où la Compagnie de Jésus avait pendant plus de deux siècles donné son enseignement à l'élite de la jeunesse du royaume. Le Collège des Arts était comme le vestibule de l'Université, et il fallait y faire un stage et y prendre ses grades pour être admis aux cours des Facultés. C'était assurément beaucoup d'honneur pour un petit groupe de religieux étrangers, et jamais leur ambition n'eut osé aspirer si haut. Mais d'autre part ils

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