‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 316 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

avaient en perspective bien des contradictions et des déboires. Le Collège des Arts était sous la dépendance de l'Université, laquelle, réorganisée par Pombal et tout imprégnée de son esprit, ne pouvait manquer de faire aux Jésuites une opposition acharnée. Le roi ne l'ignorait pas ; aussi voulut-il, avant le départ des Pères, leur rendre visite en personne et les encourager en les assurant de sa protection.

Au surplus, l'accueil qui leur fut fait par les populations au cours de leur voyage de Lisbonne à Coïmbre était de nature à réconforter leurs âmes. Ce fut presque une marche triomphale. Partis le 14 février, ils arrivaient le 17 à Pombal, la première ville du diocèse de Coïmbre. Ici nous laissons la parole au Père Delvaux :

« Nous fumes reçus, écrit-il, au son des cloches, complimentés et conduits en triomphe par le curé-archiprétre, accompagné de tout son clergé. L'église, où deux de nos Pères allèrent dire la sainte messe, était magnifiquement illuminée, comme aux plus grandes solennités. Pour moi, pressé par un sentiment impossible à exprimer, je m'étais esquivé avec un Père et un Frère, avant la rencontre du bon curé, et j'avais couru à l'église des Franciscains pour y prier sur le tombeau du marquis; mais l'infortuné n'a point de tombe. Nous trouvâmes une bière couverte d'un méchant drap mortuaire, que le Père Gardien nous dit être la sienne. 11 y attendait en vain l'honneur de la sépulture depuis le 5 mai 1782. C'est en toute vérité que je puis dire que, après plus d'un demi-siècle de proscription, le premier acte de la Compagnie rentrant à Coïmbre fut d'aller célébrer une messe d'anniversaire, le corps présent, pour le repos de l'âme de celui qui l'avait proscrite, et dans le lieu où il passa les dernières années de sa vie, disgracié, exilé et condamné à mort... Je sortis de Pombal sans bien savoir si c'était songe ou réalité. Le cercueil présent, le nom de Sébastien prononcé dans l'oraison, le son de toutes les cloches de la paroisse qui célébraient le retour de la Compagnie, tout cela à la fois ! Je crois

que cette impression ne s'effacera jamais de mon cœur^ » L'ovation se renouvela plus grandiose encore à l'approche de Goïmbre. Les autorités vinrent au-devant des voyageurs à quatre lieues de la ville; ils y pénétrèrent parmi les démonstrations de la joie populaire ; rien n'y manqua, ni les acclamations, ni les fleurs, ni même les arcs de triomphe et les illuminations. Les Pères furent reçus et logés au palais épiscopal, en attendant la prise de possession solennelle du collège, qui eut lieu le surlendemain en grand apparat. La faveur avec laquelle les Jésuites se voyaient accueillis était trop complète et trop inespérée pour ne pas éveiller des inquiétudes. Le Père Roothaan leur écrivait de Rome : « Aujourd'hui c'est VHosanna! Bientôt peut-être ce sera le Tolle^ Crucifîge! » Cependant l'œuvre commencée lui paraissait trop importante pour ne pas la soutenir de tout son pouvoir; il pressa donc le Provincial de France d'envoyer du renfort en Portugal. Dix nouveaux missionnaires y arrivèrent bientôt.

Un second Collège, celui d'Évora, non moins cher aux enfants de saint Ignace que celui de Coïmbre, venait de leur être rendu par Ordonnance royale sur les instances de l'archevêque. Presque à la même date, paraissait le Décret du rétablissement oiliciel de la Compagnie de Jésus en Portugal. Le roi l'avait signé dès le 10 juillet 1829; il fut enfin publié le 8 septembre 18.32.

Cependant la compétition à main armée se poursuivait entre Don Miguel et Don Pedro qui revendiquait le trône pour sa fille, en faveur de laquelle il avait lui-même abdiqué. Il tenait la campagne dans les provinces septentrionales et menaçait Coïmbre. C'est ce qui obligea à retar-

I. Lettre du 6 mars i832. Au temps de son omnipotence Pombal avait refusé au marquis de Lima l'autorisation de transporter le corps de son père dans la tombe de ses ancêtres. Devenu minislre à son tour le marquis de Lima usa de représailles; c'est ainsi que les restes du persécuteur de la Compagnie de Jésus, après avoir subi les derniers outrages de la part de ses propres vassaux, recueillis par les Franciscains, étaient encore en 1882 restés sans sépulture.

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