CHAPITRE X
der l'ouverture des classes. Pendant toute l'année 1832, les Pères du collège s'employèrent surtout dans les hôpitaux au service des armées de l'un et de l'autre |)arti.
Enfin le 2 février 1833, le Collège des Arts commença ses cours ; mais ce fut pour les interrompre bientôt. Au fléau de la guerre vint s'ajouter le choléra. Les Jésuites ne pouvaient laisser une si belle occasion de se dévouer, « Ce n'est pas exagération, je pense, lisonsnous dans une lettre du Père Théodore Gotel à sa famille, de dire que nous avons assisté plus des neuf dixièmes des cholériques, et ce qui nous fit admirer et bénir la Providence, c'est qu'aucun de nous ne fut attaqué de la maladie. Cependant, sans être imprudents toutefois, nous y allions à la bonne et sans beaucoup de précautions. »
Au début de l'année, les afl^aires de Don Miguel paraissaient en bonne voie; malgré les traverses qu'il leur fallait subir, les Jésuites attendaient pleins de confiance des jours meilleurs. C'est au point que le Père Delvaux ne craignait pas d'inviter ses confrères à venir chercher en Portugal la sécurité qui leur manquait en France. « Nos bras, écrivait-il, notre maison et tout enfin est ouvert en Portugal pour accueillir cette pauvre et chère Province de France...; je vous réitère l'assurance que vous pouvez venir tous, tous'... »
Mais les choses n'allaient pas tarder à changer de face. Le sort des armes se décida bientôt en faveur de Don Pedro. i\u mois de juillet Lisbonne tombait en son pouvoir. Le 28 il y entrait en personne, et le 29 il signait l'ordre d'expulsion du nonce, sous prétexte de le soustraire aux insultes de la population. Le même jour la maison de Saint Antoine le Vieux était envahie par la force armée. C'était la réponse du régent à la lettre que lui avait adressée le Père Delvaux pour lui demander sa protection et la ratification de tout ce qui avait été fait par
I. Lettre du P. Delvaux, supérieur de la Mission de Portugal, au P. Jennesseaux, 3o janvier i833.
Don Miguel en faveur des Jésuites. Au reste la maison était vide de ses habitants. Les quelques Pères demeurés à Lisbonne avec le supérieur de la Mission avaient dû s'enfuir et se cacher, pour échapper aux bandes de malfaiteurs qui célébraient le renversement de Don Miguel par le pillage et le meurtre. Eux-mêmes se reconnurent principalement redevables de leur salut au dévouement d'un jeune Anglais, M. Yvers, alors attaché d'ambassade, lequel écrivait dans une relation à sa famille, datée du 27 juillet: « Depuis la révolution, j'ai été complètement absorbé par mes efforts pour sauver les Jésuites qui, par une sorte de miracle, ont échappé à leurs assassins. » Condamnés, comme le nonce, à sortir du Portugal, tous les Pères qui se trouvaient à Lisbonne furent embarqués les uns pour l'Angleterre, les autres pour l'Italie ^
La communauté de Coïmbre eut un répit de quelques mois, mais cette indulgence fut largement compensée par les avanies qui suivirent. L'ordre d'expulsion des Jésuites leur fut notifié par le corrégidor le 28 mai 1834, veille de la Fête-Dieu. Ilsétaient accusés « de s'être introduits dans le royaume, à la faveur de l'usurpation de Don Miguel, pour propager comme leurs ancêtres le fanatisme et l'ignorance ». On leur ordonnait « d'en sortir dans le plus bref délai, sous peine d'être traités selon toute la rigueur des lois». Défense leur était faite de rien emporter, pas
1. « La Compagnie... conserve une éternelle gratitude pour tous ses bienfaiteurs, lors de notre expulsion de Lisbonne; et c'est avec bonheur qu'elle inscrit ici les noms des principaux d'entre eux... M. Yvers..., jeune encore, d'un dévouement et d'une énergie remarquable..., fit, à vrai dire, des prodiges pour sauver et les personnes et les choses. Le cardinal Alexandre Justiniani (nonce à Lisbonne), recueillit chez lui tous ceux qui purent s'y réfugier... ; ce fut avec Son Erainence et à ses frais que trois Pères, trois novices et un élève de la Compagnie firent la traversée jusqu'à Gênes. La comtesse de Ponte de Lima, dont le palais touchait à la maison des Pères, voulut bien les y accueillir pour la première nuit qui suivit l'invasion et elle les retint et les nourrit aussi longtemps qu'elle ne crut pas leur avoir procuré un asile sûr. » (P. Delvaux, Notes sur le rétablissement de la Compagnie de Jésus en Portugal, p. 55.)