‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 319 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Druilhet signalait parmi ses subordonnés une ardeur au travail qui ne lui paraissait pas sans inconvénients : « Le ministère des Missions, retraites, etc., absorbe trop nos jeunes prêtres et missionnaires. Les Supérieurs, pressés par de nombreuses demandes, ne savent pas assez refuser; ils surchargent alors leurs sujets, qui déjà poussés par trop de zèle, n'ont pas le temps de respirer... J'y veillerai et vais recommander que, dans le courant de Tannée, chaque prêtre missionnaire ait au moins quatre à cinq mois pour reprendre haleine, étudier, préparer ses matériaux. En général nos jeunes prêtres ont trop de feu ; il est nécessaire qu'on les tienne en bride'. »

Soit dit en passant, des observations et objurgations de ce genre reviennent fréquemment dans la correspondance des PP. Provinciaux. Les Missions à l'intérieur furent pendant toute la durée delà Restauration le grand instrument de régénération religieuse du pays. Dans une lettre du 10 mars 1830, le Père de Grivel estime que, depuis seize ans, on a donné en France quinze cents missions, et que, sauf un très petit nombre d'exceptions, elles ont réussi. Les Jésuites en eurent leur large part, et tout spécialement à ce moment où la carrière de l'enseignement leur était interdite.

Au reste cet apostolat, si laborieux et si fécond qu'il soit, présente peu de variété, et par suite, il est difficile de lui donner dans l'Histoire la place qu'il mériterait eu égard à son importance. Il faut s'en tenir d'ordinaire à une nomenclature de villes, de bourgs et de villages évangélisés tour à tour; et encore bien souvent les missionnaires de la Compagnie ont négligé de laisser aucun souvenir de leurs travaux et de leurs succès. Dans la courte période qui nous occupe, nous suivons la trace du plus célèbre d'entre eux, le Père Claude Guyon, à Besançon, à Montauban, à Metz, à Avignon, à Rennes, à Langres, à Agen, etc. En 1830, à la veille de la Révolution, nous le retrouvons

I. Lettre du P. Julien Druilhet au R. P. Roothaan, 3 février i83o.

à Paris, dans la chaire de Notre-Dame, pour une circonstance solennelle que le Père Varin, son Supérieur, raconte en ces termes : « Il y a à la cathédrale une retraite annuelle pour les hommes, depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte. Nous sommes, depuis notre établissement à Paris, en possession de la donner, ce qui n'empêche pas M. l'archevêque de nous renouveler chaque année l'invitation. C'est le Père Guyon qui l'a donnée cette année pour la troisième fois. 11 a eu, comme à l'ordinaire, un auditoire immense qui croissait chaque jour\ »

Quelques semaines auparavant, un autre Père de la maison de Paris avait été appelé à prêcher en un lieu où la voix d'un Jésuite ne semblait plus devoir jamais se faire entendre. C'est encore le vénérable Père Varin qui fait |)art de l'événement au Père Général : « Le Père Bellefroid a donné pendant la Semaine Sainte une retraite aux élèves de Louis-le-Grand, auditoire redoutable. Aussi l'aumônier avait-il eu soin de le prévenir de bien se garder de se faire connaître comme Jésuite; sans quoi il n'y avait rien à espérer de bon. Le secret a été fidèlement gardé, et la parole de Dieu a produit son effet... Le Père Bellefroid a captivé l'attention... Le lendemain de la clôture, le proviseur, laïque, mais très bien pensant, est venu me remercier et me témoigner toute sa satisfaction^. »

Cependant la mort frappait coup sur coup plusieurs personnages auxquels la Compagnie de Jésus se reconnaît redevable à divers titres.

C'était, le 29 janvier 1829, Mgr Pierre-Ferdinand de Bausset-Roquefort qui, étant évèque de Vannes, avait établi les Jésuites à Sainte-Anne d'Auray, puis les avait appelés à Aix, où il venait d'être transfère. C'est lui qui avait eu l'initiative de la construction de la chapelle

I Le P. Varin, Supérieur de la maison de Paris au R. P. Roothaan-, i5 juin i8iio.

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