‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 320 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de Notre-Dame de Lorette à Saint-Joseph du Tholonet; il en avait posé la première pierre le 25 mars de l'année précédente; le malheur des temps n'arrêta point les travaux ; la chapelle fut bénie le 22 octobre 1829, et le 3 novembre on y déposa le cœur du pieux archevêque, conformément au vœu qu'il en avait exprimé en mourant.

Deux semaines après l'archevêque d'Aix,le Pape LéonXll descendait dans la tombe (10 février 1829). L'attitude prise par le cardinal délia Genga, alors vicaire de Rome, pendant la Congrégation générale de 1820, avait fait craindre qu'il ne portât sur la Chaire de Saint Pierre des préventions contre les Jésuites. Mais, comme l'écrivait le Père Rozaven, « Dieu tient dans ses mains le cœur des Rois ; et surtout celui des Papes est en la main de Dieu ». Dès son avènement au Pontificat, Léon XII prit à cœur de parachever l'œuvre de Pie VII à l'égard de la Compagnie de Jésus; il la remit en possession du Collège romain; il lui rendit une part considérable de ses anciens privilèges canoniques; il décerna à l'un de ses enfants les honneurs des autels. Ce sont là les témoignages de bienveillance les moins équivoques qu'un Pape puisse donner à un Ordre religieux.

Il semble bien que, dans le Conclave qui dura tout le mois de mars suivant, on s'occupa des Jésuites plus qu'ils ne l'eussent souhaité. Un certain nombre de cardinaux regrettaient que le Pape défunt n'eût pas montré plus de fermeté dans l'affaire des Ordonnances ; d'autres appréhendaient les conflits qui pouvaient résulter du rétablissement et des progrès de la Compagnie de Jésus. Si l'on en croit certains documents de valeur plus que douteuse, les partis se seraient mis d'accord en signant une formule transactionnelle '.

I. Ce soi-disant engagement des membres du conclave ne mériterait pas d'être mentionné par l'Histoire, n'était le nom de celui qui s'en est fait l'éditeur responsable, c'est à savoir M. de Chateaubriand, alors ambassadeur du Roi Très Chrétien près de la Cour de Rome. Voir aux Pièces justificatives^ n° XI.

Quoi qu'il en soit, le cardinal Gastiglioni élu pape sous le nom de Pie VIII (31 mars 1829), à la grande joie des adversaires des Jésuites', ne devait pas tarder à leur donner une assurance point banale de son affection. Le vicaire-général et les Assistants étant venus le 22 avril recevoir la bénédiction du nouveau Pontife, ils entendirent de sa bouche ces paroles significatives : « Je l'ai dit souvent, et lorsque j'en trouverai l'occasion, je me ferai un plaisir de le redire, j'aime la Compagnie de Jésus... Je sais tous les services qu'ils (les Jésuites) rendent à l'Église. L'Église ne peut se séparer du Pape; le Pape ne peut se séparer de la Compagnie... Que Dieu bénisse vos efforts! et soyez sûrs que vous trouverez toujours en moi le plus tendre et le plus affectionné de tous les pères. »

Au moment où le Pape exprimait à la Compagnie de Jésus des sentiments si vraiment paternels, elle se trouvait, si l'on peut dire, orpheline. Le Père Fortis était mort quelques jours avant Léon XII. (27 janvier 1826.) La Congrégation générale fut indiquée pour les premiers jours de juillet; la Province de France y fut représentée par le Père Godinot son Provincial, et les PP. Druilhet et Pvichardot. Conformément à l'Institut, l'assemblée procéda d'abord à l'élection du Général; la majorité des suffrages se réunit très promptement sur le nom du Père Jean Roothaan, Hollandais.

Entré au noviciat de Polotsk en 1804, le Père Roothaan avait été, lors de l'expulsion de la Compagnie de l'empire russe, désigné pour venir en France. La Province de Galicie fit des instances pour le garder; il était maître des

I. Chateaubriand annonce l'élection avec des accents de triomphe : « Victoire 1 J'ai un des papes que j'avais mis sur ma liste : c'est Gastiglioni, le cardinal même que je portais à la papauté en 1828, lorsque j'étais ministre, celui qui m'a répondu dernièrement au Conclave en me donnant force louanges. Castiglioni est modéré et dévoué à la France; c'est un triomphe complet. » (A Mme Récamier, 3i mars au soir, Mémoires d'outre-tombe, tome V, p. i^ô.) D'après les remarques aiouiées Siu Journal du Conclave, il est aisé de voir que l'élection d'un pape sympathique aux Jésuites eût paru à M. de Chateaubriand, non « un triomphe complet », mais une calamité.

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