‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 33 sur 358 · INTRODUCTION XLIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLIII

peut-on leur supposer de bonne foi? S'enrichir? Ils ont commencé par se dépouiller de leur patrimoine et s'interdire de jamais rien posséder en propre. Gouverner le monde? Il leur est défendu de s'occuper des choses de la politique. Je n'irai pas jusqu'à dire que, dans l'état actuel du pays, ils se désintéressent des affaires publiques et des compétitions des partis. Individuellement chacun d'eux, comme tous les autres citoyens, est libre d'avoir ses préférences; ils n'ont point du tout, comme le veut la légende, abdiqué leur personnalité. Mais, quant à s'employer au service d'une cause politique, cela non, ils ne le feront pas ; et s'il se trouvait un supérieur dans la Compagnie pour dire à quelqu'un de ceux à qui il commande : « Il vous faut soutenir ce régime et démolir cet autre », ce supérieur serait en faute, et on peut tenir pour certain qu'il ne serait pas obéi.

En dehors de ses effets immédiats et personnels, l'action de la Compagnie de Jésus a-t-elle exercé quelque influence dont on puisse saisir la trace au cours du siècle et dans l'état présent de la religion et de la société en France? La question est assurément d'un haut intérêt, mais pour y faire une réponse adéquate, il faudrait une analyse de psychologie sociale et des comparaisons entre ce qui fut et ce qui est, que nous ne saurions entreprendre ici. Nous ne pouvons qu'effleurer un sujet dont le développement dépasserait les bornes d'une Introduction.

Au moment où l'Ordre de saint Ignace renaissait à la vie, l'Eglise de France souffrait de deux maladies chroniques, dont elle pouvait bien mourir, l'esprit chrétien n'étant plus assez général ni assez fort pour neutraliser les virus dont elles procédaient. C'était d'une part le gallicanisme régalien qui venait de trouver son expression brutale dans les « articles organiques », dictés par Napoléon, et précieusement recueillis et conservés par la monarchie légitime. L'Eglise est protégée et asservie ; protection et asservissement sontégalement acceptés; défiance vis-à-vis

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