‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 321 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

novices à Vienne, quand le Père Richardot qui l'avait connu en Russie, le réclama à son tour pour le faire instructeur du troisième an; on ne jugea pas à propos de le lui accorder. Il était en dernier lieu recteur du collège de Turin et vice-provincial d'Italie, quand il fut appelé parle vote de la Congrégation générale au gouvernement de la Compagnie tout entière. D'une haute intelligence, tout pénétré de l'esprit du saint fondateur, qu'il puisait dans l'étude persévérante et passionnée des Exercices spirituels, il était prédestiné pour parachever dans la nouvelle famille de saint Ignace la ressemblance de l'ancienne. Jeune encore — il avait à peine 45 ans — , il devait porter sa lourde charge près d'un quart de siècle. Malgré les tempêtes qui né cessèrent de l'assaillir, ce fut pour la Compagnie une période féconde au point de vue de son organisation intérieure aussi bien que de son expansion au dehors. Dans l'espace de ces vingt-quatre années, elle vit plus que doubler le nombre de ses membres ; plusieurs de ses anciennes Missions en Orient, aux Indes et dans le Nouveau-Monde furent reprises, et aux sept Provinces déjà reconstituées s'en ajoutèrent huit nouvelles.

Parmi les Décrets de la Congrégation générale de 1829, il en est un qui a droit à être signalé dans cette Histoire ; car il vise une des principales sources d'informations où elle s'alimente. Dès l'origine de la Compagnie de Jésus saint Ignace avait réglé qu'il y aurait entre les différentes maisons échange fréquent de lettres circulaires, où l'on dirait les travaux, les épreuves, les succès des vivants, ainsi que de notices qui conserveraient le souvenir des morts. Le Saint comptait beaucoup sur cette correspondance pour entretenir parmi tous les membres de sa famille religieuse le zèle et la charité. C'est cette institution qui nous a valu des collections précieuses, même pour l'Histoire, comme les Lettres édifiantes et curieuses et les Relations de la Nouvelle-France. Cet usage n'avait' pas encore été repris en 1829, la Congrégation générale ordonna d'y revenir.

En conséquence le Père Roothaan donna une instruction pour ceux qui auraient à rédiger ces sortes de chroniques. On y remarque un souci de la probité historique qui était alors presque une nouveauté. En ce qui concerne les notices des défunts, il est recommandé expressément de ne pas verser dans le panégyrique. Le scrupule est même poussé très loin, comme on va le voir : « On doit éviter avec le plus grand soin, ditV Instruction, l'exagération dans la louange. Si même on a à mentionner quelque acte digne d'admiration dans la vie d'un homme dont la vertu était d'ailleurs ordinaire, il ne faut pas manquer de dire que sa vertu était d'ailleurs ordinaire, pour ne pas induire en erreur la postérité qui jugerait peutêtre de la vie entière par un fait isolé '. »

Le nécrologe de l'épiscopat nous présente encore vers le même temps deux noms qui intéressent l'histoire des Jésuites de France. Le cardinal de Glermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, suivit le Pape Léon XII dans la tombe à un an d'intervalle. (21 février 1830.) Succombant sous le poids de l'âge et des infirmités, il avait pourtant fait le voyage de Rome pour assister au Conclave ; il y arriva juste à temps pour prendre part à l'élection de Pie VHP. Dès 1823 il s'était attiré les sévérités du

1. « ...Cavendse sunt magnopere laudalionesexaggeratœ.Quin etiam si dequopiam aliquid eximium referatur,cujus de cœtero virtus ordinaiia fueril, hoc ipsuni significandum est, ordinariam in reliquo fuisse virtntem, ne posteris, si forte reliquamvitam ex illo facto metiantur, errandi occasio prfebeatur. » (Décret. aS. Congreg. II postrestitutam Societalem.)

2. Chateaubriand raconte encore ici une histoire étrange. On lit dans les Mémoires d'outre-tombe (tome V, p. 178) : « 28 mars (1829). M. le cardinal de Glermont-Tonnerre descendu chez moi, entre aujourd'hui au Conclave. » Et un peu plus loin il reproduit une lettre remise par lui, ce même jour, à S. E.Mgr le cardinal de Clermont-Tonnerre : « Ne pouvant plus communiquer avec vos collègues, MM. les cardinaux français renfermés au Palais de Monte-Cavallo, étant obligé de tout prévoir pour l'avantage du service du roi, etc., je me vois à regret dans la fâcheuse

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