‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 322 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pouvoir par une Lettre pastorale où, entre autres hardiesses, il réclamait le rétablissement des ordres religieux*. On a vu quel fut son rôle dans la malheureuse affaire des Ordonnances; il ne paraît pas douteux que les chagrins qui s'ensuivirent pour le vénérable vieillard aient hâté sa fin. Son état s'aggrava encore d'une chute survenue pendant le voyage de Rome ; il ne put s'en remettre complètement. Le Père de Mac-Carthy qu'il avait appelé pour prêcher cette année même le Carême dans sa cathédrale fit, pour ainsi parler, son premier sermon devant le cercueil ouvert du prélat; il était mort trois jours auparavant et n'était pas encore enterré. C'était le mercredi des Cendres; l'orateur s'inspirant des circonstances, s'éleva à de fort belles considérations, où l'on retrouve quelque chose de l'accent de Bossuet. Après avoir montré la mort dépouillant le grand seigneur, le prince de l'Eglise, et ne lui laissant que le mérite de ses vertus et de sa piété, il ajoutait : « Avec lui disparaît le dernier reste de cet antique

nécessité de conûer à Votre Éminence une exclusion éventuelle... En conséquence, Monseigneur, je vous charge, en vertu de mes pleins pouvoirs, comme ambassadeur de Sa Majesté Très Chrétienne et prenant sur moi seul toute la responsabilité, de donner l'exclusion à M. le cardinal Albani, si d'un côté par une rencontre fortuite, et de l'autre par une combinaison secrète, il venait à obtenir la majorité des suffrages. Je suis, etc.. »

Chateaubriand reconnaît qu'il n'avait point mission de son gouvernement pour formuler cette exclusion. C'était, dit-il, « une témérité en diplomatie.il y a là de quoi faire frémir tous les hommes d'Etat à domicile, tous les chefs de division, tous les premiers commis, tous les copistes des Affaires étrangères. Mais... supposez qu' Albani eût été nommé pape par aventure, que serais-je devenu? J'aurais été à jamais perdu comme homme politique. »

Mais que penser d'un état de choses où un ambassadeur, de son autorité privée, peut faire échec à l'élection d'un Pape?

I . « La religion catholique, disait le prélat, ne peut être florissante sans les Ordres religieux, puisqu'il est certain qu'à eux seuls appartient le beau privilège d'offrir à la société l'exemple de l'accomplissement des conseils de perfection évangélique. » Le lo janvier 1824 une Ordonnance déclare qu'il y a abus. «. Les évèques, y est-il dit, peuvent demander au Roi des améliorations pour la religion, mais pas par Lettres pastorales adressées aux peuples, auxquels ils ne peuvent parler que de leurs devoirs. »

épiscopat français dont la gloire sera immortelle dans les annales de l'Eglise, qui compta tant de généreux confesseurs de la foi et tant de martyrs..., et qui, préférant tous les maux à l'apostasie et au parjure, s'ensevelit glorieusement sous les ruines de l'ancienne monarchie dont il avait été le plus ferme soutien. »

Le doyen de l'épiscopat s'éteignait plein de jours et d'honneur. Il n'en fut pas de même de l'évêque de Beauvais qui allait le rejoindre au tombeau quatre mois plus tard. Après la chute du ministère INIartignac, Hyacinthe Feutrier était rentré dans son diocèse. Ses services avaient été payés par un titre de comte, un siège à la Chambre des Pairs et une pension de 12.000 francs. Ce n'était pas assez pour faire contrepoids à la désapprobation unanime de ses collègues, non plus qu'à ses regrets et peut-être à ses remords. Son activité même ne put triompher de la tristesse qui s'était emparée de lui. Étant venu à Paris pour consulter les médecins, il fut trouvé mort dans son lit^ (27 juin 1830.) Il était âgé de 45 ans. Intelligent, laborieux, zélé, doué d'un beau talent de parole, il aurait pu prendre rang parmi les meilleurs ouvriers appelés à relever l'Église de France de ses ruines; l'ambition, la fascination d'un titre de ministre d'État, une certaine dose aussi de candeur et d'inexpérience l'amenèrent à collaborer, avec de bonnes intentions sans doute, aux desseins des ennemis de la religion.

Les Jésuites doivent lui savoir gré du scrupule qui l'empêcha de signer l'Ordonnance qui les concernait. De

I. Le Grand Dictionnaire Larousse, où tant de gens vont chercher ce qu'ils doivent penser sur les hommes et sur les choses, donne ici un joli spécimen d'insinuation perfide : « Enlevé par une mort subite peu de jours avant la Révolution de i83o, sa un inattendue donna lieu à des bruits d'empoisonnement. » On vient de dire qu'il apporta au ministère des Affaires ecclésiastiques « des idées si libérales qu'il souleva autour de lui les plaintes de tout le clergé routinier et réactionnaire ». Voilà pour les 73 archevêques ou évêques signataires du Mémoire au Roi. Puis, comme les idées libérales du ministre eurent pour conclusion la fermeture des écoles des Jésuites, les soupçons d'empoisonnement viennent naturellement à la pensée.

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