‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 325 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Né le 8 janvier 1768, il avait passé la soixantaine, quand il prit en mains une administration que les circonstances allaient rendre terriblement lourde. Le Père Druilhet avait fait de bonne heure l'apprentissage de la confiance en Dieu et de la maîtrise de soi au milieu des dangers et en face même de la mort. Déjà engagé dans les Ordres, mais point encore prêtre, quand éclata la Révolution, il ne réussit pas à passer à l'étranger. Réduit à se cacher à Paris, à Orléans, à travers la campagne, dénoncé, traqué, sa vie pendant toute la durée de la tourmente fut un véritable roman d'aventures. 11 aimait à raconter dans la suite comme quoi il avait mangé de la salade poussée sur sa tête. Une courageuse femme d'Orléans ayant donné asile dans la cave de sa maison à l'abbé Druilhet et à deux autres ecclésiastiques, avait eu l'idée de couvrir de terre la trappe qui en fermait l'entrée et d'y planter des laitues. C'est ainsi que, en sortant de leur cachette après plusieurs jours de réclusion, les prisonniers eurent le plaisir de manger de la salade dont ils pouvaient dire qu'elle avait poussé sur leur tête.

L'abbé Druilhet n'attendit pas que la paix fut rendue à l'Eglise pour recevoir le sacerdoce ; ordonné à Paris, par Mgr de Maillé le 26 mai 1795, il exerça son ministère sans souci du danger auquel il s'exposait comme prêtre insermenté. Plus tard, il fut encore recherché par la police ombrageuse de l'empereur pour avoir mis son dévouement au service du Pape tenu en captivité. L'abbé Druilhet avait connu le Père Sellier à Montdidier, et c'est par lui sans doute que la pensée lui vint d'entrer dans la Compagnie de Jésus. A peine eut-il connaissance de la Bulle de Pie VII, il se présenta au Père de Clorivière qui l'admit au noviciat. (26 septembre 1814.) Il fut recteur de Saint-Acheul de 1821 à 1824, et c'est à partir de cette date qu'il exerça la charge de Socius du Père Provincial. Dès l'année suivante le Père Godinot lui avait confié la visite d'une moitié de la Province, et dans sa correspondance avec le Père Général, il déclarait que, d'après le témoignage unanime, son

aller ego avait agi partout avec prudence et douceur, « priidenter et suaviter ». Aussi, ajoutait l'humble Supérieur, « je le soignerai ut pupiilam oculi; ses conseils suppléent à ma nullité. Je m'étonne qu'on l'ait fait Sociiis et non Provincial' ».

Le Père Druilhet semblait donc bien être l'homme préparé pour tenir le gouvernail pendant la bourrasque qui allait fondre sur la petite Province française de la Compagnie de Jésus, en même temps que sur la France ellemême et sur l'Église.

Les Ordonnances de 1828 faisaient partie d'un système de concessions qui démolissait pièce à pièce le pouvoir royal, affaiblissait le parti conservateur et enhardissait de plus en plus les libéraux, que dès lors on pouvait appeler les révolutionnaires. Elles avaient profondément attristé les catholiques, qui étaient aussi les royalistes les plus sincères et les plus dévoués. On ne put se dispenser d'y faire allusion dans le Discours du trône lu aux Chambres à l'ouverture de la session de 1829. On y faisait dire au Roi : « Le besoin de placer à l'abri de toute atteinte la Religion de nos pères, de maintenir dans mon royaume l'exécution des lois..., m'a déterminé à prendre des mesures dont j'ai reconnu la nécessité. » Les Ordonnances du 16 juin présentées comme une mesure de défense de la Religion, c'était presque de l'ironie.

Quand on en vint à discuter V Adresse ou réponse au Roi, plusieurs orateurs ne craignirent pas de réclamer énergiquement en faveur des religieux proscrits par l'arbitraire gouvernemental : « Nous ne laisserons point passer sans protestation, s'écria M. de Montbel, des actes surpris à la religion du monarque et qui sont attentatoires aux droits des citoyens. La première Ordonnance a détruit huit établissements célèbres par la confiance qu'ils inspiraient à un grand nombre de familles... Pour les anéantir on a invoqué l'ordre légal. Devait-on ouver-

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